Les prix du brut repartent à la hausse, soutenus par les incidents militaires entre Washington et Téhéran
Les marchés pétroliers ont renoué avec la hausse mardi après une série d’incidents militaires impliquant directement les forces américaines et iraniennes, ravivant les craintes d’une escalade sécuritaire dans le Golfe, région stratégique par laquelle transite près d’un tiers du commerce mondial d’hydrocarbures.
Le baril de Brent a clôturé en progression de 1,55 % à 67,33 dollars, tandis que le WTI américain a gagné 1,72 % pour atteindre 63,21 dollars. En séance, les prix ont même flirté avec les 68 dollars, portés par le retour brutal d’une prime de risque géopolitique.
La tension est montée d’un cran en mer d’Arabie lorsqu’un drone iranien de type Shahed-139 s’est approché de manière jugée « agressive » du porte-avions américain USS Abraham Lincoln, à environ 800 kilomètres des côtes sud de l’Iran. Malgré des tentatives de désescalade, l’appareil a été intercepté et abattu par un chasseur F-35C embarqué, en légitime défense, selon le Commandement central américain (CENTCOM). Aucun dégât ni victime n’ont été signalés, mais l’incident a immédiatement ravivé les craintes d’un affrontement direct.
Quelques heures plus tard, un second épisode est venu renforcer la nervosité des marchés. Dans le détroit d’Ormuz, des vedettes rapides de la Garde des révolutionnaires islamiques ont procédé à des manœuvres d’intimidation à l’encontre d’un pétrolier battant pavillon américain. Deux embarcations armées, accompagnées d’un drone, se sont approchées à grande vitesse du navire, laissant planer la menace d’une interception forcée. L’intervention rapide d’un destroyer américain, appuyé par des moyens aériens, a permis d’éviter toute escalade.
Ces incidents surviennent à un moment diplomatique particulièrement sensible, à quelques jours de la reprise annoncée des négociations nucléaires entre Washington et Téhéran. Lundi encore, des propos conciliants du président Donald Trump évoquant des « pourparlers sérieux » avaient fait chuter les cours de plus de 4 %. La séquence militaire est venue brutalement contredire cette dynamique d’apaisement.
Pour de nombreux analystes, l’Iran conserve un pouvoir de nuisance largement supérieur à son poids réel dans la production mondiale. « L’Iran pèse bien plus lourd sur les marchés pétroliers que son volume d’exportation. Sa capacité à menacer les routes maritimes critiques explique cette prime de risque persistante », résume Jorge Leon, vice-président senior chez Rystad Energy.
À ce facteur géopolitique s’ajoutent d’autres éléments structurels. L’accord commercial annoncé entre les États-Unis et l’Inde, incluant un désengagement progressif de New Delhi vis-à-vis du pétrole russe, pourrait modifier les flux mondiaux et accentuer la pression sur les exportations sanctionnées de Moscou. En toile de fond, la guerre en Ukraine continue de maintenir un plafond artificiel sur l’offre mondiale, en prolongeant les sanctions contre l’un des principaux producteurs de la planète.
Dans ce contexte, la volatilité s’installe durablement. Entre signaux diplomatiques fragiles et démonstrations de force militaires dans le Golfe, les marchés pétroliers restent suspendus à chaque incident. Plus que jamais, le prix du baril apparaît comme le reflet immédiat de l’instabilité géopolitique mondiale.
