Une poignée de main hypocrite : l’Algérie vend ses dernières gouttes de gaz pendant que l’Italie achète du temps

Une poignée de main hypocrite : l’Algérie vend ses dernières gouttes de gaz pendant que l’Italie achète du temps

Le 5 février 2026, L’Algérie et l’Italie continuent de renforcer leur partenariat stratégique dans le secteur énergétique, en particulier dans les hydrocarbures, tout en intégrant les impératifs de la transition énergétique et de la réduction des émissions de carbone. Une rencontre récente, en marge de la conférence internationale de haut niveau intitulée « Afrique du Nord : Relier les continents, créer des opportunités », illustre parfaitement cette dynamique bilatérale.
Cette conférence, organisée conjointement par la Banque d’Algérie et le Fonds monétaire international (FMI) à Alger, a réuni des hauts responsables pour discuter de l’intégration économique régionale entre l’Afrique du Nord, l’Europe et l’Afrique subsaharienne. Elle a mis l’accent sur la connectivité, les opportunités d’investissement et la coopération pour un développement durable. La directrice générale du FMI, Kristalina Georgieva, a notamment appelé à accélérer l’intégration régionale face aux défis mondiaux, tandis que le Premier ministre algérien a présidé l’ouverture des travaux. Le FMI a salué le succès de l’événement, qui a permis des échanges concrets sur les priorités d’action. Mais derrière ce partenariat affiché, la réalité est bien plus brutale : deux États enfermés dans une dépendance réciproque qu’ils exècrent, tout en étant incapables de s’en affranchir.

L’Italie est en état de stress énergétique permanent depuis l’été 2022. La Russie a coupé les vannes (ou plutôt les a fermées à moitié), les prix du GNL spot ont explosé, les usines du nord ont ralenti, et l’hiver 2025-2026 s’annonce encore tendu malgré les réserves remplies à bloc. Rome n’a plus le luxe de faire la fine bouche : l’Algérie est devenue son principal ou second fournisseur de gaz (selon les mois et les contrats spot), devant même la Norvège certains trimestres. Chaque milliard de m³ supplémentaire qui arrive via le Transmed ou via GNL depuis Skikda/Arzew est une bouffée d’oxygène pour un pays qui n’a ni charbon suffisant, ni nucléaire à la hauteur de ses voisins, ni renouvelables qui décollent vraiment.
Mais ce gaz algérien n’a plus rien de la rente abondante qu’il représentait il y a vingt ans. Les gisements historiques – Hassi R’Mel, Hassi Messaoud – sont engagés dans un déclin structurel depuis plus d’une décennie. Les nouveaux projets, de Zemoul El Kbar à Reggane II en passant par Berkine offshore, sont présentés à grand renfort de communication : +5,5 milliards de m³ par an d’ici 2028, +10 milliards à plus long terme… Des projections officielles largement surévaluées par un optimisme politique chronique.

Sur le terrain, le constat est bien plus morose : gisements plus profonds, plus complexes, souvent chargés en gaz acides ou pauvres en méthane réellement commercialisable, coûts d’exploitation en forte hausse, retards devenus la norme. Et, en parallèle, la consommation intérieure algérienne continue de progresser à un rythme effréné (+7 à 9 % par an), entretenue par des prix artificiellement subventionnés – le mètre cube de gaz se négocie à l’intérieur entre 0,5 et 1 centime d’euro pour les ménages comme pour l’industrie.Ainsi, le volume exportable se réduit à vue d’œil, plus rapidement encore que les réserves ne parviennent à être renouvelées.

Sonatrach le sait, le gouvernement le sait, les partenaires le savent. Mais personne ne le dit publiquement. On préfère parler de « transition énergétique », de « reboisement » (quelques milliers d’hectares plantés sur des millions de km² désertiques), de « réduction du méthane » (alors que les torchages et les fuites restent massifs selon les données satellites indépendantes). L’objectif réel de la rencontre ? Signer ou prolonger des contrats long terme à des prix qui arrangent Alger (indexés sur le pétrole ou sur le TTF avec floor élevé), tout en promettant à Eni et à l’Italie des volumes supplémentaires qui seront difficiles à tenir.

Côté italien, le Plan Mattei n’est qu’un pansement sur une jambe de bois. 5,5 milliards d’euros promis sur plusieurs années pour « coopérer avec l’Afrique », mais la majeure partie va dans des projets d’infrastructure, d’agriculture et d’hydrogène qui n’arriveront pas avant 2030-2035 – trop tard pour l’urgence énergétique actuelle. En attendant, Rome signe, paie cher, et prie pour que les livraisons ne soient pas interrompues par une grève, une panne, une décision politique ou simplement l’épuisement accéléré des champs.

Arkab répète que l’Algérie est « un fournisseur fiable ». Mais fiable pour combien de temps ? Les réserves prouvées stagnent officiellement autour de 4 500 Gm³ depuis 2015 (chiffre BP Statistical Review), alors que la production + consommation + torchage + fuites font fondre le stock réel plus vite. Les compagnies étrangères (Eni en tête) hésitent à injecter les dizaines de milliards nécessaires : fiscalité lourde, exigence de 51 % Sonatrach, bureaucratie kafkaïenne, instabilité réglementaire, et ombre permanente de la corruption. Elles préfèrent des petits projets rapides plutôt que des méga-développements qui prennent 8-12 ans.

Dans cinq ans, quand les nouveaux champs ne produiront pas les volumes promis, quand la demande intérieure algérienne aura encore grimpé, quand les prix du GNL resteront structurellement élevés, il ne restera plus grand-chose à négocier. L’Italie aura acheté du temps – cher payé – mais pas une solution durable. L’Algérie aura vendu ses dernières gouttes à un prix qui lui permet de boucler ses budgets sociaux et militaires, mais au prix d’une érosion accélérée de son principal actif stratégique.

Cette poignée de main n’est pas un nouveau chapitre d’un grand partenariat. C’est une transaction de survie mutuelle : l’un vend le fond de son puits, l’autre paie pour retarder l’asphyxie. Et quand le puits sera vraiment vide, il ne restera plus que des communiqués nostalgiques sur « l’excellence des relations algéro-italiennes ».

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