Entre les « exploits » d’uriner dans les gradins au Maroc et le mutisme funèbre sur les inondations en Algérie : la grande déchéance médiatique et morale

Entre les « exploits » d’uriner dans les gradins au Maroc et le mutisme funèbre sur les inondations en Algérie : la grande déchéance médiatique et morale

Dans un tableau qui résume à lui seul la schizophrénie politique et médiatique dont est atteint le régime algérien et ses relais propagandistes, on se retrouve face à une comparaison absurde qui ne tient debout que dans un monde de non-sens : deux jeunes, deux arrestations, deux traitements radicalement opposés.
Au Maroc, le jeune influenceur et supporter algérien Raouf Belkacemi a été interpellé après avoir diffusé une vidéo virale le montrant (ou le mettant en scène) en train d’uriner dans les gradins du stade Moulay El Hassan à Rabat, lors du match Algérie-République démocratique du Congo en huitièmes de finale de la Coupe d’Afrique des Nations 2025 (organisée au Maroc). Le tribunal de première instance de Rabat l’a condamné, le 19 janvier 2026, à trois mois de prison ferme et une amende de 500 dirhams pour outrage public à la pudeur et propos contraires aux bonnes mœurs lors d’une manifestation sportive. Bien qu’il ait ensuite affirmé qu’il s’agissait d’un canular et que le liquide était un simple soda renversé, la justice marocaine a appliqué la loi avec fermeté. Ce fait divers individuel a été gonflé par une partie des médias et influenceurs algériens en « complot du Makhzen » contre un supposé « héros national », provoquant une mobilisation massive : plateaux télévisés enflammés, campagnes de soutien virales et pages noircies pour en faire une affaire d’État et raviver la haine anti-marocaine.
À l’opposé, en Algérie, le jeune Abdelhak Bouchrit, originaire de la wilaya de Relizane, a été placé en détention provisoire début février 2026 (autour du 3-6 février) après avoir diffusé en direct sur Facebook des vidéos documentant les inondations dévastatrices qui ont submergé les quartiers populaires et les habitations précaires de la région ouest du pays. Ses images révélaient sans filtre le délabrement des infrastructures, l’absence flagrante de réaction des autorités et l’abandon des habitants face à la montée des eaux et à la boue. Son unique « crime » : avoir osé filmer et partager la réalité d’une catastrophe naturelle mal gérée dans un pays qui se vante d’être une « puissance régionale ». Résultat : silence médiatique total des chaînes officielles, absence complète de campagnes de solidarité massives comme celles observées pour Raouf Belkacemi, et incarcération immédiate sous des chefs d’accusation montés de toutes pièces. Même sa mère, qui a tenté de protester via des lives ou des sit-in, a été inquiétée.
La contradiction est criante et expose le double standard flagrant. Tandis que les médias alignés sur l’appareil militaire algérien versaient des larmes de crocodile sur la « dignité » d’un supporter qui avait souillé un stade au Maroc, ils ferment les yeux – et les caméras – sur la dignité écrasée d’un citoyen algérien englouti par les inondations et l’indifférence de ses propres dirigeants.
Cette mise en parallèle met à nu le mensonge des slogans officiels : d’un côté, une hystérie collective pour défendre un acte individuel grossier à l’étranger et en faire un symbole anti-marocain ; de l’autre, le mutisme et la répression contre quiconque ose exposer les failles internes du système. Pendant que Rabat gère avec professionnalisme et sang-froid les catastrophes naturelles – comme lors du séisme du Haouz ou des inondations dans le sud –, le régime algérien préfère arrêter et museler ceux qui filment la vérité, laissant la population affronter seule les caprices de la nature et l’incompétence humaine.
Une nation qui hurle pour défendre un « urineur » à l’extérieur tout en condamnant au silence et à la prison un « lanceur d’alerte » à l’intérieur est une nation dont la boussole morale est profondément déréglée, dirigée par un pouvoir qui ne survit qu’en fabriquant des crises avec les voisins pour dissimuler ses propres désastres intérieurs.

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