Le double jeu du régime algérien : discours anti-israélien tonitruant et commerce gazier indirect avec Israël

Le double jeu du régime algérien : discours anti-israélien tonitruant et commerce gazier indirect avec Israël

Chaque intervention publique du président Abdelmadjid Tebboune réaffirme avec force le soutien indéfectible de l’Algérie à la cause palestinienne. Le chef de l’État dénonce systématiquement toute forme de normalisation avec Israël, qualifiée parfois même de « trahison suprême » envers les principes arabes et islamiques. Le langage employé frôle régulièrement la menace : le moindre pas vers les accords dits d’Abraham est présenté comme une haute trahison nationale.

Pourtant, derrière cette posture inflexible et souvent théâtrale, les réalités économiques et commerciales dessinent un tableau radicalement différent. Malgré la rupture diplomatique officielle proclamée depuis des décennies, des flux énergétiques et commerciaux continuent de relier – de manière indirecte mais bien réelle – l’Algérie à Israël.

Des données issues de la base UN Comtrade et de l’Observatory of Economic Complexity montrent que les importations israéliennes en provenance d’Algérie ont atteint, en 2024, environ 32,3 millions de dollars américains, principalement des produits chimiques inorganiques, des composés de métaux précieux et des isotopes. En 2023, des exportations algériennes d’hydrogène vers Israël avaient déjà été recensées pour des montants similaires.

Plus accablant encore : des enquêtes journalistiques, notamment celles publiées par le site Algerie Part en février 2025, ont révélé des livraisons de gaz de pétrole liquéfié (GPL) depuis le port d’Oran vers le port israélien d’Ashkelon. Au moins 50 000 tonnes auraient été expédiées via le trader international Vitol, opérateur majeur du marché énergétique mondial. Ces cargaisons, bien que transitant par des intermédiaires, aboutissent concrètement en Israël.

Parallèlement, l’Algérie reste l’un des principaux fournisseurs de gaz naturel à l’Europe. En 2025, l’Italie a importé plus de 20 milliards de mètres cubes de gaz algérien via les gazoducs Transmed et Medgaz, tandis que l’Espagne a reçu environ 128,5 TWh. Dans un marché mondialisé où le prix l’emporte sur toute considération géopolitique, rien n’empêche que des volumes de gaz algérien, une fois revendus par des compagnies européennes, ne contribuent à alimenter les besoins énergétiques israéliens – y compris ceux liés à l’effort militaire à Gaza.

L’Algérie s’est même retrouvée, durant certaines périodes récentes, en tête du classement des échanges commerciaux indirects avec Israël, dépassant parfois des pays arabes ayant signé ouvertement les accords d’Abraham. Ces transactions ne se limitent pas au secteur énergétique : elles concernent également des produits chimiques, des denrées agricoles et des équipements technologiques importés en Algérie sous couvert de filiales de multinationales européennes.

Cette contradiction flagrante entre le discours officiel et les faits commerciaux traduit une schizophrénie politique assumée. Le narratif anti-israélien virulent constitue un outil de légitimation interne précieux : il permet de consolider le soutien populaire, de détourner l’attention des graves crises économiques et sociales, et de masquer l’ampleur de la corruption au sommet de l’État. Le gaz, unique poumon d’une économie exsangue, obéit à la seule logique du marché : l’argent n’a pas d’odeur, même quand il provient de clients finaux controversés.

Tandis que la propagande officielle accuse les États arabes signataires des accords de normalisation d’être des traîtres et des collaborateurs, les chiffres montrent que la normalisation sous la table progresse en Algérie à un rythme soutenu et hautement rentable. Les slogans enflammés sont réservés aux foules ; les contrats, eux, répondent uniquement à la loi de l’intérêt brut, celle qui ignore frontières, principes et souffrances humaines.

Cette duplicité structurelle – où la posture pro-palestinienne sert de paravent à un opportunisme économique cynique – sape durablement la crédibilité du pouvoir d’Abdelmadjid Tebboune et de l’entourage militaro-politique qui l’entoure. Les Algériens, eux, continuent de payer le prix d’une rente gazière mal gérée, tandis que les discours grandiloquents ne font que perpétuer un système profitable à une infime minorité.

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