Pétrole : le baril dépasse les 100 dollars, le détroit d’Ormuz toujours fermé malgré les efforts américains
vendredi 13 mars 2026 – Les prix du pétrole ont poursuivi leur ascension fulgurante vendredi, franchissant durablement la barre symbolique des 100 dollars le baril pour le Brent, alors que le blocage du détroit d’Ormuz persiste malgré les déclarations américaines et les frappes visant à sécuriser la voie maritime.
Le baril de Brent de la mer du Nord, référence mondiale, clôturait à 103,14 dollars (+2,67 % sur la séance, +11 % sur la semaine), après avoir touché un plus haut intraday proche de 104 dollars. Son homologue américain, le WTI, s’établissait à 98,71 dollars (+3,11 %), marquant une hausse de près de 47 % depuis le déclenchement du conflit le 28 février.
Depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, marquée par les frappes américano-israéliennes massives sur l’Iran, le nouveau guide suprême Mojtaba Khamenei a réaffirmé jeudi que le détroit d’Ormuz « doit rester fermé », qualifiant cette mesure de « levier stratégique incontournable ». Les données de suivi maritime (Bloomberg, IEA) confirment que le trafic commercial est « pratiquement à l’arrêt » depuis plusieurs jours : aucun transit confirmé dans les deux sens au cours des dernières 24 heures, avec des attaques persistantes sur des tankers et des menaces de mines.
L’Agence internationale de l’énergie (AIE) a qualifié cette perturbation de « la plus grave de l’histoire récente », avec une réduction d’au moins 10 à 15 millions de barils par jour des exportations du Golfe. Les producteurs régionaux (Arabie saoudite, Irak, Émirats, Qatar) ont dû stopper ou réduire drastiquement leur production faute d’issue maritime viable.
Mercredi, les 32 membres de l’AIE avaient libéré un record de 400 millions de barils de réserves stratégiques – dont une large part américaine – dans l’espoir de calmer les marchés. En vain : « C’est comme arroser un incendie de forêt avec un verre d’eau », ironise un analyste de chez Goldman Sachs, qui n’exclut pas un Brent à 120-150 dollars si le blocus se prolonge au-delà de mars.
Les répercussions se font sentir partout. TotalEnergies a confirmé la suspension d’environ 15 % de sa production mondiale (Qatar, Irak, Émirats offshore). Les Bourses ont terminé en nette baisse : Wall Street a cédé 1,2 à 1,5 % (Nasdaq -1,41 %, Dow Jones -1,18 %), tandis qu’en Europe, Paris (-0,71 %), Milan et Londres ont reculé. Les rendements obligataires repartent à la hausse sur fond de craintes inflationnistes : le Bund allemand à 10 ans à 2,95 %, l’OAT française à 3,61 %.
Le dollar, valeur refuge, gagne plus de 2 % face à un panier de devises, dopé par son statut de monnaie du pétrole. Le président américain Donald Trump a réitéré que « stopper l’Iran » primait sur les prix de l’énergie, tout en annonçant des mesures pour escorter des navires alliés – sans effet immédiat visible sur le terrain.
« La situation échappe à tout contrôle à court terme », résume Alexandre Baradez chez IG France. Avec l’Europe particulièrement vulnérable aux importations d’hydrocarbures, le spectre d’un choc inflationniste majeur plane, ravivant les craintes d’une stagflation mondiale.
