Algérie-Croatie : gerbe de fleurs sur les ruines d’une souveraineté énergétique menacée
Zagreb, 30 mars 2026 — Le ministre d’État, ministre des Affaires étrangères, de la Communauté nationale à l’étranger et des Affaires africaines, Ahmed Attaf, a effectué une visite officielle à Zagreb, où il s’est entretenu avec son homologue croate, Gordan Grlić Radman.
À son arrivée, M. Attaf a déposé une gerbe de fleurs devant la stèle commémorative des victimes de la guerre d’indépendance croate. Ce geste solennel dépasse le protocole : il rend hommage à des peuples dont l’identité s’est forgée dans le sang et la quête farouche de souveraineté. Pour l’Algérie, elle-même marquée par sa guerre de libération, ce moment rappelle que la mémoire et la liberté ont un prix — un prix que l’histoire, parfois, n’épargne pas.
Les discussions ont abordé le renforcement du dialogue politique et la coopération économique : énergie, hydrocarbures, commerce, investissements, construction navale, agriculture saharienne et tourisme. L’Algérie réaffirme son rôle de fournisseur fiable de gaz naturel, se positionnant comme un acteur clé pour la sécurité énergétique européenne et méditerranéenne.
Pourtant, sous l’apparence de stabilité se cache une réalité inquiétante. L’Europe, fragilisée par la crise ukrainienne et les tensions au Moyen-Orient, recherche désespérément des fournisseurs sûrs. L’Algérie y apparaît comme un partenaire pratique : proche, politiquement « non-alignée », riche de réserves qui, pourtant, sont limitées. La Croatie, avec son terminal GNL de Krk, illustre cette nouvelle géographie énergétique où les anciens champs de bataille deviennent des carrefours stratégiques de dépendance et de pouvoir.
Mais cette « fiabilité » est trompeuse. Les champs algériens sont vieillissants, la demande intérieure s’emballe, et les investissements nécessaires tardent à venir. Chaque contrat signé masque la vérité : l’Algérie vend une ressource non renouvelable dans une fenêtre historique qui se referme. Elle troque du gaz contre des promesses de modernisation et d’investissements, alors même que l’Europe accélère sa transition énergétique et diversifie ses fournisseurs.
La visite révèle le drame des nations rentières, elles affichent la souveraineté, mais peinent à transformer cette posture en puissance durable. La gerbe de fleurs est belle, mais elle cache la mélancolie d’un partenariat inégal : le Sud fournit la matière brute, le Nord offre contrats et illusions de modernisation. la véritable souveraineté ne se mesure pas aux volumes exportés, mais à la capacité d’un pays à se réinventer avant que la ressource ne disparaisse.
Une visite presque rassurante, mais qui rappelle que les équilibres géopolitiques les plus raffinés sont souvent les plus précaires, et que l’Algérie danse sur un volcan énergétique dont le tic-tac se fait de plus en plus audible.
