Tunisie : en appel, deux figures médiatiques contestent fermement des accusations de malversations financières dans une affaire à forte charge politique

Tunisie : en appel, deux figures médiatiques contestent fermement des accusations de malversations financières dans une affaire à forte charge politique

À Tunis, le procès en appel de deux journalistes et chroniqueurs tunisiens très suivis, dont le journaliste franco-tunisien Mourad Zeghidi et leur confrère Borhen Bsaies, a pris mardi une tournure particulièrement tendue. Les deux accusés ont rejeté catégoriquement les charges de malversation financière retenues contre eux, dans une affaire qui suscite de vives réactions au niveau national et international.

Au-delà du volet judiciaire, ce dossier est devenu un symbole des tensions croissantes entre une partie du paysage médiatique tunisien et les institutions judiciaires, dans un climat politique déjà fortement polarisé.

En première instance, en janvier dernier, les deux chroniqueurs avaient été condamnés à trois ans et demi de prison pour des accusations de « blanchiment d’argent » et « évasion fiscale ». Arrêtés en mai 2024, ils sont restés en détention dans le cadre d’une série de procédures judiciaires qui se sont ajoutées au fil des mois.

À l’origine, leurs poursuites étaient largement associées à leurs prises de position critiques à l’égard du président Kais Saied et de certaines décisions politiques. Par la suite, de nouvelles accusations à caractère financier sont venues renforcer le dossier, donnant à l’affaire une dimension plus technique mais aussi plus controversée.

Lors de l’audience, le tribunal a longuement interrogé les prévenus sur la nature de leurs revenus, leurs déclarations fiscales, leurs biens supposés et leurs flux financiers. Le juge a notamment demandé des explications détaillées sur les rémunérations perçues dans différents médias, ainsi que sur les transferts d’argent nationaux et internationaux.

Face à ces questions, Mourad Zeghidi a vigoureusement contesté toute idée d’enrichissement illégal, déclarant ne disposer d’aucun patrimoine significatif. Il a insisté sur le caractère strictement professionnel et transparent de ses revenus issus de ses activités médiatiques.

De son côté, Borhen Bsaies a également rejeté les accusations, expliquant que sa situation financière ne correspond en rien à celle décrite par l’accusation, et contestant toute logique de dissimulation ou de fraude.

L’avocat des deux journalistes a vivement contesté la solidité juridique du dossier, estimant que les accusations reposent davantage sur des interprétations administratives que sur des preuves concrètes de blanchiment ou d’enrichissement illicite.
Dans une plaidoirie particulièrement critique, la défense a dénoncé ce qu’elle considère comme une confusion entre insuffisances déclaratives et infractions pénales graves. Elle affirme que le dossier repose sur des hypothèses fragiles et demande un non-lieu ainsi que la libération immédiate des accusés.

Selon la défense, l’affaire traduirait une volonté de sanctionner des voix médiatiques critiques, au-delà du strict cadre financier invoqué par l’accusation.

L’audience a attiré une attention particulière, plusieurs représentants diplomatiques étrangers étant présents dans la salle, notamment des délégations de la France, des Pays-Bas, du Royaume-Uni et de l’Union européenne. Leur présence témoigne de l’intérêt croissant de la communauté internationale pour la situation des libertés publiques en Tunisie.

Des organisations de défense des droits humains et de la liberté de la presse suivent également de près ce dossier. Reporters sans frontières a dénoncé une procédure qu’elle qualifie d’acharnement judiciaire, affirmant que l’enquête n’aurait pas permis d’établir de flux financiers suspects ni d’actifs dissimulés après plusieurs mois d’investigations.

Ces derniers mois, plusieurs journalistes ont été poursuivis ou condamnés pour des faits liés à leurs publications ou prises de position publiques, alimentant un climat de tension et d’autocensure dans certains médias.

Amnesty International a notamment alerté sur ce qu’elle considère comme une utilisation croissante des procédures judiciaires pour limiter l’espace d’expression publique et réduire l’activité des ONG critiques.

Au-delà du verdict attendu, ce procès cristallise des interrogations profondes sur l’équilibre entre lutte contre la fraude financière et respect des libertés d’expression. Pour leurs soutiens, les deux journalistes seraient devenus des symboles d’un durcissement politique plus large. Pour les autorités, il s’agit d’une procédure judiciaire relevant strictement du droit commun.

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