République centrafricaine : un nouveau gouvernement entre continuité politique et verrouillage du pouvoir
Le président de la République centrafricaine, Faustin-Archange Touadéra, a dévoilé la composition d’un nouveau gouvernement près de deux mois après son investiture pour un troisième mandat présidentiel. Une annonce qui, loin de traduire une rupture politique majeure, semble surtout confirmer la volonté du pouvoir de préserver les équilibres existants au sommet de l’État.
La nouvelle équipe gouvernementale compte 29 ministres, mais seuls dix nouveaux visages y font leur entrée. Le reste de l’exécutif conserve ses portefeuilles, consolidant ainsi l’emprise du parti présidentiel, le Mouvement Cœurs Unis, sur les principales institutions du pays. Cette reconduction massive nourrit l’idée d’une simple redistribution interne du pouvoir plutôt que d’une véritable réforme politique.
Parmi les nominations les plus remarquées figure celle d’Evariste Ngamana au ministère de la Communication et de l’Information. Ancien porte-parole du président Touadéra durant la campagne électorale, son arrivée illustre la volonté du chef de l’État de renforcer son cercle de fidèles au sein du gouvernement.
La reconduction de Félix Moloua au poste de Premier ministre a également suscité de nombreuses interrogations. Celui-ci avait pourtant présenté sa démission le 13 mai avant d’être reconduit seulement deux jours plus tard par le président. Ce scénario inhabituel a été interprété par plusieurs observateurs africains comme une opération politique destinée à donner l’image d’un renouvellement institutionnel sans modifier les véritables rapports de force au sommet de l’État.
Le calendrier de cette annonce alimente lui aussi les débats. La formation du gouvernement intervient alors même que les résultats définitifs du second tour des élections législatives ne sont pas encore totalement connus. À ce stade, seuls 90 des 144 sièges parlementaires ont été officiellement confirmés, laissant planer une incertitude sur la future configuration de l’Assemblée nationale.
Les élections se sont déroulées dans un contexte marqué par le boycott d’une large partie de l’opposition. Plusieurs partis avaient refusé de participer au scrutin présidentiel et législatif, dénonçant la légitimité du troisième mandat de Touadéra et estimant qu’il contrevenait à l’esprit des limitations constitutionnelles du pouvoir. Cette absence a considérablement affaibli l’opposition politique et réduit sa capacité à peser sur la scène nationale.
Réélu avec plus de 76 % des suffrages selon les résultats officiels, Touadéra consolide ainsi progressivement son contrôle sur l’appareil d’État. Pour ses soutiens, ce nouveau gouvernement représente un gage de stabilité dans un pays encore fragilisé par les crises sécuritaires et institutionnelles. Pour ses détracteurs, il symbolise au contraire une concentration croissante du pouvoir exécutif et l’effacement progressif du pluralisme politique en République centrafricaine.
