Indonésie : quatre militaires jugés pour avoir défiguré à l’acide un défenseur des droits humains
Le parquet militaire indonésien a requis, mercredi 3 juin, une peine de deux ans et demi de prison contre chacun des quatre soldats accusés d’avoir participé à une attaque à l’acide visant un militant des droits humains connu pour ses critiques à l’égard de l’influence croissante de l’armée dans les affaires politiques du pays.
L’affaire, qui suscite une vive émotion en Indonésie et au sein des organisations internationales de défense des libertés fondamentales, concerne Andrie Yunus, 27 ans, membre de l’organisation KontraS. En mars dernier, le jeune militant a été grièvement blessé lorsque deux hommes circulant à scooter lui ont jeté de l’acide au visage alors qu’il rentrait chez lui à moto. L’agression lui a fait perdre la vue d’un œil et laissé de lourdes séquelles physiques et psychologiques.
Selon les enquêteurs, les quatre accusés appartenaient à l’Agence de renseignement stratégique de l’armée indonésienne (BAIS). Ils sont poursuivis pour coups et blessures volontaires avec préméditation. Devant le tribunal militaire de Jakarta, le procureur a qualifié les faits d’« acte de vengeance extrajudiciaire » ayant non seulement causé des souffrances considérables à la victime, mais également porté atteinte à l’image et à la crédibilité des forces armées.
L’accusation estime que les militaires ont agi de leur propre initiative et non sur ordre de leur hiérarchie. Leur ressentiment remonterait à une action menée en 2025 par Andrie Yunus et d’autres militants qui avaient interrompu une réunion parlementaire afin de protester contre une réforme controversée de la législation militaire.
Cette réforme a élargi les possibilités pour les militaires en activité d’occuper des postes au sein des institutions civiles de l’État, une évolution dénoncée par de nombreuses organisations de défense des droits humains qui y voient un risque de retour de l’influence militaire dans la sphère politique, plusieurs décennies après la fin du régime autoritaire de Suharto.
L’affaire a également entraîné des répercussions au sein de l’appareil militaire. Le directeur de la BAIS a présenté sa démission à la suite des arrestations, les autorités évoquant un geste de responsabilité face à la gravité des accusations portées contre ses subordonnés.
Cependant, de nombreuses voix continuent de s’interroger sur la capacité de la justice militaire à traiter cette affaire en toute impartialité. Andrie Yunus, soutenu par plusieurs organisations de défense des droits humains, réclame que les accusés soient jugés devant une juridiction civile. Selon ses soutiens, les procès militaires ont souvent été critiqués pour leur manque de transparence et leur tendance à protéger les membres des forces armées.
Au-delà du sort des quatre prévenus, ce procès est devenu un symbole des tensions qui traversent la démocratie indonésienne. Pour les défenseurs des droits humains, l’issue de cette affaire constituera un test majeur de l’engagement des autorités à lutter contre l’impunité et à garantir la protection des militants qui dénoncent les abus de pouvoir. Le verdict est désormais attendu avec un attention particulier tant en Indonésie qu’au sein de la communauté internationale.
