Quand l’Algérien, incapable d’affronter les généraux, évacue sa lâcheté et sa faiblesse dans les stades et à l’étranger

Quand l’Algérien, incapable d’affronter les généraux, évacue sa lâcheté et sa faiblesse dans les stades et à l’étranger

Dans la tragédie de la misère quotidienne, la scène semble surréaliste à en pleurer. Le citoyen tremble de rage, ses veines gonflent, et il est sur le point de perdre la raison parce que l’arbitre n’a pas sifflé un penalty dans un match de football qui ne nourrit ni n’enrichit. Il pourrait même sortir pour casser et détruire, exprimant ainsi l’amertume de son cœur face à la perte de ce penalty. Mais la grande ironie se manifeste lorsque, les quatre-vingt-dix minutes de délire footballistique terminées, ce même citoyen retourne, au petit matin, avec calme et docilité, pour s’aligner dans la longue file d’attente de la honte et de l’humiliation, espérant un demi-litre de lait ou une pomme de terre, devenus aussi inaccessibles que les rêves des démunis.

Là, devant le camion de distribution ou l’épicerie, cette bravoure légendaire disparaît soudainement. Le misérable enragé se transforme en un agneau docile, respectant l’ordre et pratiquant le silence sacré. Personne n’ose élever la voix, personne n’ose mentionner Tebboune le dévoyé ou faire allusion à la clique et aux généraux qui dirigent le pays avec une mentalité de dépôts de munitions, où le peuple n’est que des numéros dans les files d’attente de l’approvisionnement. Et le secret ici n’est pas de la magie, mais la soupape de sécurité maîtrisée par les régimes militaires. Car les stades, dans notre pays, ne sont pas destinés à la pratique du sport, mais sont la clinique psychologique que le pouvoir militaire ouvre à une jeunesse refoulée pour qu’elle y décharge sa fureur. Et dans les gradins, il est permis d’insulter, de crier et de casser les sièges, car les généraux savent que si l’énergie de la colère se déverse sur un ballon gonflé, elle ne se déversera pas sur des sièges occupés. C’est un processus d’anesthésie systématique : allez-y et criez autant que vous voulez, et laissez-nous exploiter et jouir des richesses du pétrole et du gaz. Mais dans la file d’attente, les règles sont différentes : là, vous faites face directement au régime des généraux du mal. Car crier là-bas, ce n’est pas contre un arbitre de match, mais une condamnation de la politique d’échec qui s’étend depuis la prétendue indépendance. Et la soumission et l’aplatissement devant l’armée et les généraux sont une affaire héréditaire, le produit de la peur enracinée depuis la Décennie Noire, cet épouvantail que le régime brandit encore au visage de quiconque ose ouvrir la bouche pour protester. Comme si leur langage tacite disait : « C’est la file d’attente et le lait, ou le sang et la ruine. » Et l’ironie à la fois risible et déchirante est que ce même citoyen, qui obéit aux ordres à l’intérieur du pays et s’aplatit silencieusement devant Tebboune le dévoyé, se transforme, à l’étranger, par-delà les mers, en un farouche rebelle, contestant les lois, cassant et détruisant s’il ressent l’injustice. Et la raison est simple : dans les autres pays, il sait qu’une loi le protège et qu’un espace de liberté l’incite à la rébellion. Quant à chez nous, en Algérie, il sait que la matraque est prête et que quiconque lève la tête en dehors du stade risque de se retrouver derrière les barreaux, accusé de menacer la sécurité nationale ou de porter atteinte au moral de l’armée et de gâcher l’humeur de Tebboune le dévoyé, où le pouvoir militaire a réussi à transformer la virilité et la bravoure en une marchandise consommée uniquement pour encourager les clubs et les équipes nationales, tandis que le gagne-pain est devenu un outil pour courber les cous et domestiquer les âmes. Et finalement, les files d’attente s’allongeront et les stades resteront enflammés, jusqu’à ce que ce citoyen opprimé comprenne que sa véritable bataille n’est pas contre l’arbitre qui a lésé son équipe, mais contre la clique qui lui vole son pain quotidien et lui offre en échange… une vie misérable de détresse et d’humiliation.

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