Dans la joyeuse république des files d’attente : comment étancher sa soif avec des eaux usées et combattre les flammes des incendies par de fausses promesses

Dans la joyeuse république des files d’attente : comment étancher sa soif avec des eaux usées et combattre les flammes des incendies par de fausses promesses

Ils répètent toujours que notre pays, le pays vert, est une terre de beauté et d’abondance. Mais il semble que cet été, le vert ait décidé de se transformer en cendres carbonisées, tandis que le bleu des eaux douces est devenu un mirage que le citoyen poursuit de wilaya en wilaya. En cette saison torride, le Zawaali n’a pas besoin de réveil-matin pour se lever aux aurores. La chaleur qui fait fondre la pierre, associée à une peur instinctive de perdre sa place dans la file d’attente du camion-citerne, suffit à faire se lever tout un peuple avant les oiseaux.

Le citoyen opprimé tourne en rond dans un cercle vicieux, portant ses seaux en plastique comme des boucliers de guerre. Dans son esprit, une seule idée géniale : comment transformer les eaux usées en une boisson agréable pour les buveurs, ou comment convaincre ses enfants de se contenter de s’humidifier les lèvres avec de la salive en attendant que le ciel soit clément ou que les autorités militaires libèrent l’eau propre.

Pendant que le Zawaali s’adonne à la course-poursuite derrière les camions-citernes pour rafraîchir le ventre de ses petits, les forêts du pays mènent une guerre très particulière contre un acteur inconnu. Un acteur doté d’une capacité surnaturelle à se déplacer entre les wilayas et à allumer des feux d’une touche magique. L’étrange est que ces incendies dévorent tout, le vert comme le sec, et épuisent, pour leur extinction, les dernières gouttes d’eau censées étancher la soif du peuple opprimé. L’équation devient alors la suivante : soit mourir de soif pour éteindre le feu, soit laisser le feu dévorer sa maison pour boire une gorgée d’eau.
Face à ce tableau surréaliste, les déclarations officielles du « clown » Tebboune fusent, pleines d’assurance, pour annoncer au peuple opprimé que les choses sont sous contrôle et que la réserve stratégique de patience du pays se porte bien et ne s’épuisera jamais.

Pendant que le simple citoyen s’affaire à dessiner un plan d’ingénierie complexe pour creuser un puits secret dans l’étroite cour de sa maison, là-haut, dans les bureaux climatisés et les somptueux quartiers généraux, les généraux s’occupent d’une autre forme d’ingénierie : celle des affaires. Pour eux, l’été n’est pas une saison de souffrance, mais la véritable saison des récoltes, où leurs comptes bancaires gonflent parallèlement à la hausse des températures, et où leur pouvoir et leur influence s’étendent avec chaque parcelle de terre dévorée par les flammes ou chaque source d’eau tarie.

C’est une équation physique unique en son genre : plus le malheur du citoyen s’accroît et plus il est préoccupé par la recherche d’une goutte d’eau, plus la stabilité des fauteuils et la tranquillité d’esprit règnent dans les salles de décision du Palais d’El Mouradia. Le peuple misérable, affairé à poursuivre les camions-citernes et à nettoyer les canalisations d’eaux usées, n’aura certainement pas le temps de se demander où vont les richesses du pays et qui exploite les Zawaalia nuit et jour.

En fin de compte, il semble que le Zawaali se soit adapté à cette situation de manière étrange, au point que les files d’attente sont devenues une partie de l’identité nationale et le seul loisir gratuit disponible. Et tandis que les généraux dissimulent leurs sinistres complots sous des promesses roses et des discours retentissants, le Zawaali poursuit sa lutte quotidienne, armé de la patience de Job et de l’humour de Charlie Chaplin, le poussant à mourir de rire en attendant un automne qui apportera peut-être la pluie, ou du moins un autre été moins exigeant en eau et plus clément envers des poches qui n’ont même pas de quoi acheter une petite bouteille d’eau.

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