La République des roues crevées :comment les généraux ont pu régler le problème de la pénurie de pneus en Algérie?
Dans notre pays sinistré, où le temps s’est arrêté et l’espace défie les lois de la gravité et de la raison, vit notre fier peuple, le peuple de la Grande République des solutions de rafistolage. Ici, le progrès économique ne se mesure pas au volume des exportations ou aux taux de croissance, mais au nombre de nœuds et de morceaux recousus sur la roue d’une voiture délabrée, ce qui est en soi considéré comme un exploit historique, ajouté aux annales des réalisations réussies que cet efféminé de Tebboune a offertes au peuple spolié durant son mandat impur.
Dans notre pays, maudit par les ancêtres et détesté par les pays voisins, le citoyen lambda se réveille le matin au son de la mélopée de la télévision officielle, l’agence Algérie 24, qui chante les louanges de la vision éclairée de ce vieux clown de Tebboune, qui pisse dans son froc et défèque sans retenue. Nos médias mentent et annoncent : « Grâce à Dieu, le Grand Atelier National de Raccommodage et de Couture de Pneus a été inauguré ! Le citoyen valeureux peut enfin respirer, car l’État militaire est devenu un pionnier dans la couture de pneus et a fait une entrée retentissante dans ce domaine culturel unique ! » Quant à l’eau douce, qui n’a pas touché le corps de notre citoyen lambda le plus chanceux depuis deux mois ou plus, ou même aux fruits simples dont se délectent les animaux des pays tropicaux, ils ne sont désormais étudiés chez nous que dans les programmes d’histoire, comme la banane et la pomme. Tout cela, dit-on, est un luxe capitaliste indigne du peuple et de la génération montante qui ignore le goût de la banane, de l’avocat et de la pomme. Sans les films et les séries françaises, ils n’auraient jamais su que ces délices existaient sur Terre. Le gouvernement des incapables a réussi avec brio à appliquer la théorie des solutions de rafistolage : au lieu de pommes et de fromage pour le petit-déjeuner, on trouve désormais à chaque coin de rue et dans chaque artère de la République des paniers variés de drogues et d’alcools de toutes sortes, à des prix si compétitifs qu’ils sont moins chers que le pain manquant. C’est ainsi que la jeunesse est divertie et ses esprits nourris de poisons, de sorte que la plus grande ambition d’un père, de nos jours, est de voir un pneu intact et non raccommodé pour voyager avec vers la petite sœur, la Tunisie, fuyant le spectre de la famine, de la soif et la propagation des maladies infectieuses.
En conclusion, c’est une épopée nationale par excellence : un pays gouverné par une poignée de militaires décrépits qui fait d’un pneu crevé une avancée civilisationnelle et apprend à son peuple à vivre d’illusions pétries de l’amertume de la patience, de l’humiliation et de l’abjection. Et jusqu’à ce que la montagne des généraux décide d’enfanter autre chose que de sales souris, le pauvre citoyen lambda continuera de célébrer ici chaque nouveau raccommodage, remerciant Dieu pour la bénédiction de la douche annuelle et se délectant devant l’écran des médias d’eaux usées, qui lui expliquent qu’il est la créature la plus heureuse sur Terre, comparé aux miséreux d’Europe, du Golfe et d’Amérique…
