Londres veut davantage de gaz algérien, Sonatrach prise entre nouveaux contrats et urgence intérieure
Le Royaume-Uni cherche à renforcer son recours au GNL algérien, mais la place de l’Algérie dans son approvisionnement reste encore limitée. Les nouveaux contrats européens prévoient des volumes supplémentaires de gaz algérien, confirmant l’intérêt croissant de Londres et des capitales européennes pour les approvisionnements en provenance d’Alger. Mais cette demande intervient alors que les capacités algériennes restent sous contrainte.
Londres mise sur l’Algérie pour amortir le déclin accéléré de sa production gazière en mer du Nord, le recul des approvisionnements qataris et la réduction progressive de la dépendance européenne au gaz russe. Cette sollicitation croissante intervient toutefois au moment où Alger doit déjà composer avec une demande intérieure soutenue, des infrastructures à moderniser, des capacités de liquéfaction sous pression et des exigences environnementales européennes toujours plus rigoureuses.
À cela s’ajoute une concurrence internationale particulièrement féroce pour l’accès aux cargaisons de GNL, dans un marché où chaque volume disponible devient stratégique. Pour Sonatrach, le défi consiste désormais à répondre aux nouvelles demandes européennes sans fragiliser l’équilibre du marché intérieur ni compromettre ses engagements existants.
Le Royaume-Uni cherche ainsi à sécuriser davantage ses approvisionnements en GNL pour compenser le déclin de sa production nationale. Pourtant, le gaz algérien demeure encore une composante relativement limitée de son mix d’importation : en 2025, il représentait environ 6 % des importations britanniques de GNL et 1,8 % de l’ensemble des importations de gaz du pays.
Ces chiffres montrent que, malgré l’intérêt croissant de Londres, l’Algérie ne constitue pas encore un fournisseur dominant du marché britannique. La question est donc moins de savoir si le Royaume-Uni souhaite acheter davantage que de déterminer si Alger dispose réellement de volumes supplémentaires à lui consacrer.
Car les nouveaux engagements européens ne signifient pas automatiquement que de nouvelles capacités de production et de liquéfaction sont déjà disponibles. Tant que les investissements supplémentaires ne se traduisent pas par une hausse effective de l’offre exportable, une partie des volumes promis pourrait nécessiter une réallocation entre les différents débouchés de Sonatrach.
L’équation devient alors particulièrement délicate pour Alger : augmenter les livraisons au Royaume-Uni sans réduire celles destinées aux autres partenaires européens, tout en préservant l’approvisionnement du marché intérieur.
Le Royaume-Uni mise sur l’Algérie pour amortir le recul accéléré de sa production offshore. En 2025, la production britannique de gaz en mer du Nord s’établissait à environ 28 milliards de mètres cubes, couvrant à peine 41 % des besoins nationaux.
La trajectoire attendue est particulièrement préoccupante pour Londres : la production pourrait tomber autour de 14 milliards de mètres cubes dans les prochaines années, puis à seulement 6 milliards à l’horizon 2035.
Dans le même temps, la dépendance aux importations devrait dépasser 70 % d’ici 2030, avant d’atteindre environ 85 % à l’horizon 2035. Londres voit ainsi sa marge de souveraineté énergétique se réduire au moment même où la compétition mondiale pour le GNL s’intensifie.
Les importations britanniques de GNL ont bondi de 24 % en 2025. Les États-Unis dominent les flux, suivis du Qatar et de l’Algérie. Si Londres présente Alger comme une source de diversification relativement proche, une réalité demeure : chaque cargaison algérienne destinée au Royaume-Uni entre en concurrence avec les besoins du reste de l’Europe, ceux de l’Asie et, surtout, avec les priorités du marché intérieur algérien.
La situation algérienne révèle un paradoxe. La production de gaz a atteint 54,01 milliards de mètres cubes au premier semestre 2026, son plus haut niveau depuis trois ans. Pourtant, les exportations de GNL ont reculé de 6,5 % sur la même période, à 4,47 millions de tonnes, notamment en raison d’opérations de maintenance sur les installations de liquéfaction.
Cette évolution montre qu’une hausse de la production ne se traduit pas automatiquement par une augmentation équivalente des volumes disponibles à l’exportation.
La consommation algérienne de gaz continue, elle aussi, de progresser. Sonatrach se retrouve ainsi tiraillée entre trois exigences difficiles à concilier : honorer ses contrats européens, alimenter un marché intérieur de plus en plus gourmand et financer les investissements nécessaires au maintien et au renouvellement de ses capacités de production.
La pression est d’autant plus forte que certaines infrastructures de liquéfaction nécessitent des opérations de modernisation et de maintenance. Toute interruption technique prolongée peut réduire les volumes disponibles et priver Sonatrach d’opportunités sur un marché spot particulièrement concurrentiel.
