« Nous voulons la paix » : des milliers de Mexicains manifestent contre la guerre du cartel de Sinaloa
Près de 10 000 personnes ont défilé dimanche à Culiacán, capitale de l’État de Sinaloa, pour dénoncer la violence qui ravage la région depuis deux ans. Vêtus de blanc, les manifestants ont réclamé la fin des assassinats et des affrontements entre les factions rivales du puissant cartel de Sinaloa, alors que le conflit a déjà fait au moins 3 000 morts.
Vêtus de blanc, environ 10 000 manifestants ont lâché des dizaines de ballons de la même couleur dans le ciel avant de marcher vers la cathédrale de Culiacán. La mobilisation, organisée à l’appel de l’Église catholique, de représentants des milieux économiques et de collectifs de familles de victimes, a traduit l’exaspération d’une population épuisée par deux années de violence.
« Nous ne voulons plus de morts comme ça, plus d’assassinats », a déclaré en larmes Maricela Pérez, 62 ans. Elle portait le portrait de son fils Miguel, 36 ans, tué par balles en mai dernier sur un terrain de volley-ball.
L’évêque de Culiacán, Mgr Jesús José Herrera, a appelé les groupes criminels à mettre fin au massacre. « Aucun territoire et aucune ambition ne valent plus qu’une vie humaine », a-t-il lancé devant les manifestants.
Le conflit qui ensanglante Culiacán trouve son origine dans la guerre interne qui déchire le cartel de Sinaloa. Fondé à la fin des années 1980 par Joaquín « El Chapo » Guzmán et Ismael « El Mayo » Zambada, le cartel a longtemps été dirigé conjointement par les deux hommes.
« El Chapo » a été capturé en 2016 puis extradé vers les États-Unis, où il a été condamné à la prison à perpétuité. Lors de son procès, Vicente Zambada, le fils de son associé, a témoigné contre lui.
Cette trahison a ensuite nourri une rupture profonde entre les deux familles. En juillet 2024, les fils d’« El Chapo » ont organisé, selon cette version des faits, une opération qui a conduit à la remise d’« El Mayo » aux autorités américaines. Celui-ci a lui aussi été condamné à la prison à vie.
Depuis septembre 2024, les deux camps s’affrontent pour le contrôle du cartel. Cette guerre fratricide a transformé Culiacán en zone de confrontation permanente, avec des fusillades qui éclatent presque quotidiennement.
En deux ans, les affrontements ont fait au moins 3 000 morts, dont de nombreux habitants sans lien avec le narcotrafic, pris entre deux feux.
La violence frappe désormais sans distinction. La semaine dernière, un bébé d’un an a été tué par une balle perdue lors d’un affrontement.« C’est terrible », a résumé Marlene León, 33 ans, pendant la manifestation. « Nous nous sentons abandonnés et nous pensons que cette marche est une manière de dire que, malgré le temps qui passe, nous n’avons pas banalisé la violence et que nous voulons la paix », a-t-elle ajouté.
Pour Martín Lim, un agriculteur de 62 ans, la situation est devenue insupportable. « Nous voulons que les autorités voient que notre nation est à l’agonie, qu’elle est plongée dans un bain de sang », a-t-il lancé.
La colère ne vise plus seulement les groupes criminels. À Culiacán, plusieurs manifestants ont également scandé des slogans hostiles à la présidente Claudia Sheinbaum. Un groupe a brûlé une effigie en carton de la cheffe de l’État.
Face à l’escalade des violences, le gouvernement mexicain a déployé 15 000 soldats dans l’État de Sinaloa. Mais ce dispositif massif n’a pas permis de faire reculer durablement les violences. L’intensification des saisies d’armes et de drogues n’a pas davantage inversé la tendance.
La situation reste particulièrement meurtrière : rien que samedi, au moins sept personnes ont été assassinées.Une partie de la population reproche désormais aux autorités leur incapacité à reprendre le contrôle de la situation. Certains manifestants associent directement Claudia Sheinbaum à Rubén Rocha Moya, l’ancien gouverneur de Sinaloa et membre de son parti de gauche Morena.
Après deux années de guerre entre les factions du cartel, la colère a changé de nature : elle ne se limite plus au rejet des narcotrafiquants. Elle vise aussi un État accusé de ne pas réussir à protéger ses citoyens.
