Législatives en Suède : Andersson en tête, mais la formation du gouvernement s’annonce difficile
Le scrutin suédois n’a pas désigné de vainqueur incontestable. Après le dépouillement de près de 95 % des bureaux de vote, le bloc de gauche ne dispose que d’une avance de trois sièges sur l’alliance de la droite et de l’extrême droite. Magdalena Andersson se dit prête à reprendre le pouvoir, mais la formation d’une majorité s’annonce particulièrement difficile.
La Suède se retrouve au lendemain des législatives dans une situation politique particulièrement incertaine. Les premiers résultats avaient laissé croire à une victoire nette des sociaux-démocrates de Magdalena Andersson, mais l’écart s’est rapidement resserré au fil du dépouillement. Au point de transformer le scrutin en une bataille extrêmement serrée entre la gauche et le camp gouvernemental.
Après le dépouillement de près de 95 % des bureaux de vote, le bloc conduit par les sociaux-démocrates obtient 176 sièges, contre 173 pour l’alliance de la droite et de l’extrême droite. Une différence de seulement trois sièges, qui laisse encore ouverte l’issue des négociations politiques.
« Pour l’instant, nous sommes en tête. Et si cela se confirme, alors la Suède aura un nouveau gouvernement », a déclaré Magdalena Andersson devant ses partisans réunis à Stockholm. À 59 ans, l’ancienne Première ministre espère retrouver le pouvoir quatre ans après son départ du gouvernement.
Mais dans le camp conservateur, aucune défaite n’est reconnue. Le Premier ministre sortant Ulf Kristersson veut encore croire à un maintien au pouvoir. « La question de savoir quel gouvernement dirigera la Suède dans les années à venir reste ouverte », a-t-il affirmé devant ses militants.
Même en cas de confirmation de l’avance de la gauche, Magdalena Andersson devra relever un obstacle majeur : réunir derrière elle des formations politiques aux intérêts parfois très éloignés.
Le bloc de gauche rassemble plusieurs partis, du centre jusqu’à la gauche radicale. Leur rapprochement pourrait s’avérer laborieux, alors qu’aucun ne dispose à lui seul des moyens de garantir une majorité stable. « Cela va prendre pas mal de temps, ils ne vont pas tomber d’accord tout de suite », estime Anders Sannerstedt, de l’université de Lund.
Le Premier ministre sortant multiplie déjà les appels au Parti du centre, actuellement dans l’opposition. Son soutien pourrait devenir déterminant dans les tractations qui s’annoncent. Le camp conservateur entend ainsi exploiter les divisions de la gauche pour tenter de conserver les rênes du pays malgré une avance électorale très faible de ses adversaires.
Au centre de cette bataille figure également la question des Démocrates de Suède, formation d’extrême droite devenue un allié essentiel de la droite depuis 2022.
Le parti recule néanmoins par rapport au précédent scrutin, passant d’environ 20 % à près de 17,5 % des voix. Un recul qui ne suffit pas à effacer son poids politique. Ulf Kristersson s’était engagé à intégrer les Démocrates de Suède à son gouvernement en cas de victoire, franchissant ainsi une nouvelle étape dans la coopération entre la droite traditionnelle et l’extrême droite.
Cette perspective a nourri une forte mobilisation dans le camp de gauche. Plusieurs personnalités suédoises ont pris position contre cette évolution, dont Benny Andersson, membre du groupe ABBA, qui a revisité dimanche leur célèbre chanson « Mamma Mia » pour soutenir le camp de Magdalena Andersson.
La bataille électorale est donc loin d’être terminée. Si la gauche conserve son avance après le décompte définitif, Magdalena Andersson devra convaincre plusieurs formations de s’unir pour pouvoir gouverner. Si elle échoue, Ulf Kristersson pourrait tenter de prolonger son mandat en s’appuyant sur les divisions de ses adversaires et sur le soutien de l’extrême droite.
