Cuba : une septième panne géante plonge l’île dans l’obscurité sur fond de pénurie de carburant et de centrales vieillissantes

Cuba : une septième panne géante plonge l’île dans l’obscurité sur fond de pénurie de carburant et de centrales vieillissantes

Cuba a été plongée dans l’obscurité vendredi après une nouvelle panne généralisée du réseau électrique, la septième depuis le début de l’année. Cette nouvelle défaillance intervient alors que l’île traverse une grave crise énergétique, marquée par des pénuries de carburant, des coupures qui se prolongent parfois pendant plusieurs jours et une dégradation rapide des conditions de vie.

« Une déconnexion totale du système électrique s’est produite », a annoncé le ministère cubain de l’Énergie et des Mines. La compagnie nationale d’électricité UNE a ensuite évoqué une panne sur les lignes de transmission, ainsi que des « conditions météorologiques instables ».

La panne a privé des millions de Cubains d’électricité. À La Havane, seuls environ 5 % des habitants étaient encore alimentés vendredi après-midi, selon les autorités électriques. Il s’agit de la septième panne nationale depuis janvier et de la douzième depuis la fin de 2024.

Dans la capitale comme dans les provinces, les coupures sont devenues une épreuve quotidienne. Ces dernières semaines, certaines interruptions ont dépassé 30 heures à La Havane et 60 heures consécutives dans plusieurs autres régions.

« C’est une chose après l’autre : pas d’eau, pas de gaz pour cuisiner, pas d’électricité », témoignait une enseignante de 36 ans, décrivant une situation devenue de plus en plus difficile pour les familles.

Le système électrique cubain repose largement sur des centrales thermiques vieillissantes, dont l’état de fonctionnement ne permet plus de répondre régulièrement à la demande. Le manque de carburant aggrave encore les difficultés du réseau et limite également l’utilisation des générateurs de secours.

Depuis janvier, les mesures américaines visant l’approvisionnement pétrolier de Cuba compliquent davantage l’accès de l’île aux combustibles nécessaires au fonctionnement de ses centrales. La crise énergétique s’est ainsi transformée en une crise touchant de nombreux secteurs de la vie quotidienne.

Les coupures affectent notamment les réseaux d’eau et de télécommunications. Dans plusieurs régions, les habitants doivent s’organiser pour conserver de l’eau, cuisiner sans gaz et trouver des moyens alternatifs pour recharger leurs téléphones ou leurs équipements essentiels.

À La Havane, un retraité de 78 ans expliquait avoir déjà passé 28 heures sans électricité avant la nouvelle panne nationale. « Je pensais qu’ils remettraient peut-être l’électricité au moins pour quelques heures », racontait-il, craignant désormais une interruption de plusieurs jours.

Pour certains habitants, les solutions de fortune sont devenues une habitude. Une retraitée de 60 ans est ainsi sortie de chez elle pour recharger à l’énergie solaire une petite lampe destinée à éclairer son logement durant la nuit.

La nouvelle panne intervient dans un contexte économique particulièrement difficile pour Cuba, confrontée à des pénuries persistantes, à l’inflation et à une dégradation du pouvoir d’achat.

Les conséquences sociales sont considérables. Selon une étude indépendante publiée cette semaine par le Centre chrétien de réflexion et de dialogue (CCRD), environ 6,45 millions de Cubains, soit 66 % de la population, vivent désormais dans la pauvreté, contre 45 % à la mi-2025.

Près de sept Cubains sur dix ne disposeraient ainsi pas de revenus suffisants pour couvrir leurs besoins essentiels, notamment alimentaires. L’étude attribue principalement cette aggravation à la hausse du prix des denrées.

La crise énergétique pèse également sur le tourisme, l’un des secteurs importants de l’économie cubaine. Les coupures prolongées perturbent les hôtels, les transports, les commerces et les services, alors que l’île tente déjà de faire face à une situation économique parmi les plus difficiles de ces dernières décennies.

La dégradation des relations avec Washington ajoute une pression supplémentaire. Les tensions entre les deux pays se sont fortement accrues depuis le début de l’année, dans le cadre d’une politique américaine visant à accentuer la pression économique sur le gouvernement cubain.

La nouvelle panne nationale apparaît ainsi comme le symptôme d’une crise qui dépasse largement le seul secteur électrique. Sur une île de 9,4 millions d’habitants, l’électricité, l’eau, le carburant et l’alimentation sont désormais liés dans un même cercle de pénuries, tandis que les autorités peinent à rétablir durablement un système énergétique à bout de souffle.

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