Tunisie : six ans de prison pour Nesrine Ben Ali et son ex-mari Sakher El Materi dans une nouvelle affaire de corruption
Nesrine Ben Ali, fille de l’ancien président tunisien Zine El Abidine Ben Ali, et son ex-mari Sakher El Materi ont été condamnés, mardi 22 septembre 2026, à six ans de prison ferme avec exécution immédiate dans une nouvelle affaire de corruption financière et de détournement de deniers publics. La décision a été rendue par contumace, les deux prévenus résidant à l’étranger.
La chambre criminelle spécialisée dans les affaires de corruption financière du Tribunal de première instance de Tunis a prononcé cette nouvelle condamnation contre les deux anciens proches du pouvoir. Ils étaient poursuivis dans le cadre d’un dossier portant notamment sur le détournement et l’exploitation de deniers publics.
Selon les éléments retenus dans cette procédure, les faits concernent des irrégularités financières, un préjudice causé à l’administration ainsi que la gestion et l’exploitation illicites de fonds publics. La justice tunisienne a ainsi retenu des charges financières à l’encontre de Nesrine Ben Ali et de Sakher El Materi, avant de leur infliger la même peine de six ans de prison ferme.
La juridiction a également condamné un expert-comptable à cinq ans de prison dans le même dossier. Celui-ci était poursuivi pour son implication dans les opérations examinées par la justice. Les accusations retenues à son encontre portent notamment sur des infractions financières et une gestion illicite de deniers publics.
La décision du 22 septembre ne constitue pas la première condamnation prononcée contre Nesrine Ben Ali et Sakher El Materi. Les deux protagonistes sont visés depuis plusieurs années par différentes procédures judiciaires ouvertes en Tunisie après la chute du régime de Zine El Abidine Ben Ali.
En février 2025, la chambre spécialisée dans les affaires de corruption financière avait déjà condamné par contumace Nesrine Ben Ali, Sakher El Materi et Leïla Trabelsi, épouse de l’ancien président, à six ans de prison avec exécution immédiate. Cette affaire concernait des faits de corruption financière et administrative liés à une commande publique.
Sakher El Materi a également été condamné dans un autre dossier à dix ans de prison avec exécution immédiate, en plus d’une amende dépassant quatre milliards de dinars. Cette procédure portait notamment sur des faits liés au détournement de fonds publics.
Les différentes condamnations prononcées à son encontre correspondent toutefois à des dossiers distincts. Elles ne doivent donc pas être confondues avec la nouvelle peine de six ans prononcée mardi par la chambre criminelle spécialisée.
Le nom de Nesrine Ben Ali et celui de Sakher El Materi étaient également apparus dans un autre dossier examiné par la justice tunisienne en février 2026. La chambre criminelle spécialisée dans les affaires de corruption financière avait alors examiné une affaire portant sur des soupçons de corruption financière et de détournement de fonds publics.
L’examen de ce dossier avait été reporté au 30 mars dans l’attente de l’issue d’un recours. Cette procédure est distincte de celle ayant conduit à la condamnation prononcée le 22 septembre.
La multiplication de ces dossiers illustre la persistance du contentieux judiciaire visant plusieurs membres de l’ancienne famille présidentielle et leurs proches économiques. Depuis 2011, les tribunaux tunisiens ont traité de nombreuses affaires portant sur la corruption, le détournement de fonds publics, l’enrichissement illicite ou encore la gestion irrégulière de biens et de ressources de l’État.
Dans le dossier jugé mardi, comme dans plusieurs procédures précédentes, la justice tunisienne a statué par contumace. Nesrine Ben Ali et Sakher El Materi vivent à l’étranger et ne se trouvent donc pas devant la juridiction tunisienne au moment du jugement.
Cette situation constitue un élément récurrent des procédures engagées contre d’anciens responsables ou proches du régime de Ben Ali installés hors de Tunisie depuis la chute de l’ancien président.
Le caractère exécutoire de la peine prononcée par la juridiction tunisienne ne signifie toutefois pas que les deux condamnés seront immédiatement incarcérés en Tunisie. Leur absence du territoire tunisien rend notamment l’exécution concrète de la décision dépendante de leur éventuel retour ou d’autres procédures judiciaires permettant aux autorités tunisiennes de faire appliquer les décisions rendues.
La condamnation de Nesrine Ben Ali et de Sakher El Materi s’inscrit dans un contentieux judiciaire ouvert au lendemain de la chute de Zine El Abidine Ben Ali, le 14 janvier 2011. Le départ de l’ancien président et de sa famille avait été suivi par l’ouverture de nombreuses enquêtes portant sur la fortune de l’ancien clan présidentiel et sur les conditions dans lesquelles certains de ses membres avaient développé leurs activités économiques.
Les procédures ont notamment concerné des accusations de corruption, de détournement de deniers publics, d’enrichissement illicite et de favoritisme. Plusieurs membres de la famille Ben Ali et de la famille Trabelsi ont ainsi été poursuivis ou condamnés dans différents dossiers.
Parallèlement aux procédures pénales, les autorités tunisiennes avaient lancé dès mars 2011 un vaste processus de confiscation des biens appartenant à l’ancien président, à son épouse Leïla Trabelsi ainsi qu’à plusieurs membres de leur entourage. L’objectif affiché était de récupérer les biens et avoirs considérés comme acquis de manière illicite ou grâce aux relations avec l’ancien pouvoir.
Plus de quinze ans après la chute du régime, plusieurs dossiers continuent donc d’être examinés par les juridictions tunisiennes. La condamnation prononcée mardi ajoute une nouvelle décision au lourd contentieux judiciaire entourant l’ancien clan présidentiel.
Pour Nesrine Ben Ali et Sakher El Materi, cette nouvelle peine de six ans s’ajoute ainsi aux précédentes décisions rendues dans d’autres affaires. Le fait que le jugement ait été prononcé par contumace rappelle également l’une des principales difficultés auxquelles sont confrontées les autorités tunisiennes dans l’exécution de plusieurs condamnations visant des personnes résidant à l’étranger.
La justice tunisienne poursuit ainsi l’examen de dossiers ouverts depuis la chute de Ben Ali, avec des procédures qui continuent de produire des décisions judiciaires plusieurs années après les événements de janvier 2011.
