Éthiopie : Addis-Abeba et le Tigré s’accusent d’avoir lancé des offensives, la crainte d’une nouvelle guerre grandit

Éthiopie : Addis-Abeba et le Tigré s’accusent d’avoir lancé des offensives, la crainte d’une nouvelle guerre grandit

Le gouvernement éthiopien et les autorités du Tigré s’accusent mutuellement d’avoir lancé de nouvelles opérations militaires, faisant craindre une reprise du conflit qui avait ravagé cette région du nord de l’Éthiopie pendant deux ans. Les tensions se sont intensifiées après des frappes de drones et la prise de contrôle d’aéroports par les forces tigréennes.

Le spectre d’une nouvelle guerre refait surface en Éthiopie. Le gouvernement fédéral et le Front de libération du peuple du Tigré (TPLF), qui contrôle la région septentrionale, se rejettent la responsabilité de l’escalade militaire observée ces derniers jours.

Getachew Reda, conseiller du Premier ministre Abiy Ahmed, a accusé mercredi les forces tigréennes d’avoir lancé une offensive contre des positions gouvernementales dans les régions voisines de l’Afar et de l’Amhara. Selon lui, les combattants du TPLF ont également pris le contrôle de plusieurs aéroports administrés par le gouvernement fédéral au Tigré.

Les autorités tigréennes présentent, à l’inverse, leurs opérations comme une réponse défensive. Elles affirment avoir été contraintes d’entrer dans une « guerre défensive » après plusieurs frappes de drones signalées dans la région..

Les accusations croisées interviennent après plusieurs frappes signalées dans le Tigré. Mardi, au moins 14 personnes ont été tuées et 22 autres blessées dans une attaque à Alamata, dans le sud de la région, selon les autorités tigréennes.

Le maire de la ville, Mogos Shiferaw, a affirmé que plus de cinq drones et un avion de chasse avaient effectué plus d’une vingtaine de frappes à partir de 3h30 du matin. Il a assuré que les victimes étaient des civils et que deux établissements scolaires avaient été touchés.

Selon lui, ces écoles avaient été utilisées comme bases militaires fédérales pendant la guerre précédente, mais elles étaient alors inoccupées, l’année scolaire n’ayant pas encore commencé.

Les autorités tigréennes ont accusé Addis-Abeba d’avoir lancé une « invasion ouverte » de la région et appelé la population à soutenir les forces locales. Elles reprochent au gouvernement fédéral de porter atteinte aux infrastructures essentielles et de perturber plusieurs services publics.

En juillet, le Premier ministre Abiy Ahmed avait lui-même accusé le TPLF de préparer une reprise des hostilités. Les tensions se sont encore accrues lorsque le mouvement tigréen a rétabli son administration d’avant-guerre, mettant fin à l’administration intérimaire mise en place après le conflit.

Le TPLF a également été accusé de procéder à des recrutements forcés de jeunes hommes pour renforcer ses forces, des accusations qui interviennent alors que les deux camps se préparent à une éventuelle confrontation.

L’inquiétude est également alimentée par la décision récente du TPLF de s’allier avec six autres groupes armés éthiopiens. Cette coalition entend s’opposer au gouvernement d’Addis-Abeba et constitue un développement supplémentaire dans un contexte politique et sécuritaire déjà tendu.

La formation de cette alliance intervient alors que les relations entre le pouvoir fédéral et plusieurs groupes régionaux restent marquées par de profondes divergences. Elle fait craindre une extension des tensions au-delà du seul Tigré, notamment vers l’Amhara et l’Afar.

Face à cette nouvelle montée des tensions, le président de la Commission de l’Union africaine, Mahmoud Ali Youssouf, a appelé à une « désescalade immédiate » et à la reprise du dialogue entre les parties.

Washington a également réagi. L’ambassadeur américain en Éthiopie a accusé le TPLF d’avoir pris « la mauvaise décision » en lançant, selon lui, une offensive à grande échelle. Le Bureau des affaires africaines du département d’État américain a parallèlement condamné une autre frappe de drone qui aurait visé lundi un convoi de véhicules catholiques transportant de l’aide alimentaire.

Pour l’heure, les versions des deux camps restent profondément contradictoires. Addis-Abeba affirme répondre à une offensive tigréenne, tandis que les autorités du Tigré soutiennent avoir été poussées à agir par des opérations militaires fédérales.

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