France : Léon XIV appelle l’Église à poursuivre sa lutte contre les violences sexuelles sur mineurs
Le pape Léon XIV a appelé dimanche les évêques français à poursuivre les mesures engagées contre les violences sexuelles sur mineurs au sein de l’Église, en insistant sur la nécessité de maintenir une « plus grande vigilance ». Cinq ans après la publication du rapport de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église (Ciase), le souverain pontife a salué les dispositions prises en France tout en appelant à ne pas relâcher les efforts.
Réunis à huis clos à Lourdes, les évêques ont entendu le pape remercier l’Église de France pour les mesures adoptées face à ce qu’il a qualifié de « douloureux fléau ». « Je vous remercie pour ce que vous avez fait » contre les violences sexuelles sur mineurs, notamment à travers de « courageuses dispositions pour y répondre », a déclaré Léon XIV dans un discours transmis à la presse. Il a ensuite exhorté les responsables religieux à « poursuivre dans la voie engagée ».
Cet appel intervient cinq ans après la publication du rapport de la Ciase, qui avait profondément marqué l’Église catholique française en documentant l’ampleur des violences sexuelles commises depuis 1950. La commission avait estimé à 216.000 le nombre de personnes victimes, alors qu’elles étaient mineures, de prêtres, de diacres ou de religieux entre 1950 et 2020. En intégrant les violences attribuées à des laïcs travaillant dans des établissements ou organisations liés à l’Église, l’estimation atteignait environ 330.000 victimes.
Les chiffres disponibles ne permettent pas de conclure à une augmentation récente des violences. Ils témoignent cependant de la poursuite des démarches engagées par les victimes, avec de nouveaux témoignages, plaintes et demandes de réparation portant souvent sur des faits anciens.
Le dossier de Notre-Dame-de-Bétharram, dans les Pyrénées-Atlantiques, a notamment replacé cette question au premier plan. Près de 250 plaintes ont été déposées pour des violences physiques, psychologiques ou sexuelles présumées qui se seraient produites pendant plusieurs décennies au sein de cet établissement catholique. Une commission indépendante a qualifié en juin les violences rapportées de « systémiques » et d’une ampleur « sans précédent ».
Au 31 mai, 48 personnes avaient obtenu une réparation financière pour des violences sexuelles, pour un montant supérieur à 1,4 million d’euros versé par la congrégation. Par ailleurs, un ancien surveillant de l’établissement a été mis en examen et placé en détention provisoire pour viol aggravé, agressions sexuelles et violences. Il demeure présumé innocent.
La justice française a également prononcé plusieurs condamnations dans des affaires distinctes. En mai 2024, l’ancien prêtre d’Orléans Olivier de Scitivaux de Greische a ainsi été condamné à 17 ans de réclusion criminelle pour des viols et agressions sexuelles aggravées commis sur quatre garçons. Il a renoncé en janvier 2025 à faire appel de cette décision.
De nombreux faits dénoncés ne peuvent toutefois plus être poursuivis devant les tribunaux, notamment en raison de la prescription ou du décès des personnes mises en cause.
Face à l’ampleur révélée par le rapport de la Ciase, les évêques de France avaient reconnu en novembre 2021 la responsabilité institutionnelle de l’Église ainsi que le caractère systémique des violences commises en son sein. L’Instance nationale indépendante de reconnaissance et de réparation (INIRR) avait ensuite été créée pour accompagner les victimes et examiner leurs demandes.
Au 27 juillet, cette instance avait reçu 1.924 demandes, apporté une réponse ou un accompagnement à 1.832 personnes et rendu 1.181 décisions. Son mandat a officiellement pris fin le 31 août, avec la poursuite du traitement des dossiers déposés avant cette échéance.
Depuis le 1er septembre, l’Instance nationale indépendante d’accompagnement des victimes dans l’Église (Iniave) a pris le relais. Cette structure permanente doit recevoir les nouvelles demandes et proposer aux victimes un accompagnement ainsi que des démarches de réparation.
À Lourdes, Léon XIV devait également rencontrer dimanche, à huis clos, sept personnes ayant subi des violences sexuelles de la part de membres du clergé ou de personnels liés à l’Église. Cette rencontre intervient lors de la deuxième étape de son déplacement en France, après deux jours à Paris qui ont rassemblé plus d’un million de personnes.
Près de 150.000 fidèles étaient réunis dimanche dans la prairie du sanctuaire de Lourdes pour assister à la messe célébrée par le pape. Son appel à poursuivre les efforts engagés contre les violences sexuelles intervient ainsi dans un pays où la question reste marquée par les révélations du rapport de la Ciase et par les demandes de reconnaissance et de réparation toujours en cours.
