Éthiopie : les forces fédérales prennent le contrôle de Mekele, le conflit menace de déborder
L’armée fédérale éthiopienne et la Tigray Peace Force (TPF), une milice tigréenne ralliée au gouvernement, contrôlent désormais Mekele, capitale de l’État régional du Tigré. La reprise de la ville constitue une avancée majeure pour Addis-Abeba, mais elle ne signifie pas la fin des combats. Le risque d’un retour à la guérilla et surtout d’une extension du conflit aux pays voisins inquiète désormais plusieurs acteurs de la Corne de l’Afrique.
Les forces fédérales éthiopiennes sont entrées dans Mekele samedi, sans affrontements majeurs, après le retrait des forces liées aux autorités rebelles du Tigré. Dimanche, des combattants de la Tigray Peace Force patrouillaient dans les rues tandis que des soldats de l’armée fédérale prenaient position autour des principaux sites de la capitale régionale.
La scène contraste fortement avec les semaines de combats qui ont précédé cette avancée. Les hostilités avaient repris fin septembre dans le nord de l’Éthiopie, opposant l’armée fédérale au Front de libération du peuple du Tigré (TPLF), qui contrôlait de fait une grande partie de la région, mais aussi aux milices Fano de l’État voisin de l’Amhara.
La prise de Mekele représente un succès militaire important pour le gouvernement d’Abiy Ahmed. Mais le pouvoir fédéral ne contrôle encore qu’une partie du Tigré et les dirigeants du TPLF ont déjà annoncé leur retrait de la capitale afin de poursuivre le combat ailleurs.
Les autorités tigréennes ont affirmé avoir « temporairement déménagé » leurs structures hors de Mekele pour permettre à leurs forces de continuer la lutte. Dans une vidéo publiée jeudi, le président du TPLF, Debretsion Gebremichael, avait déjà laissé entendre que son mouvement pourrait renouer avec les méthodes de guérilla utilisées lors du précédent conflit.
« Notre stratégie est de frapper l’ennemi où nous voulons », avait-il déclaré, rappelant que les forces tigréennes avaient déjà réussi par le passé à repousser l’armée fédérale hors de la région.
À Mekele, les principaux bâtiments officiels sont désormais gardés par les combattants de la TPF, tandis que les militaires éthiopiens patrouillent dans les quartiers de la capitale. Les télécommunications, largement interrompues depuis la reprise des combats, ont commencé à être rétablies.
La situation reste toutefois tendue. Les commerces sont restés fermés dimanche et de nombreux habitants ont préféré conserver leurs stocks à l’abri après des épisodes de pillage survenus lorsque la ville s’est retrouvée sans forces de sécurité.
La progression de l’armée fédérale ne permet donc pas de conclure à une stabilisation du Tigré. Le précédent de la guerre de 2020-2022 reste présent dans les esprits. Le conflit avait fait de nombreuses victimes avant qu’un accord conclu fin 2022 ne mette provisoirement fin aux hostilités.
Plusieurs dispositions de cet accord n’ont cependant jamais été pleinement appliquées. Les tensions politiques, territoriales et militaires sont ainsi restées intactes, créant les conditions d’une nouvelle confrontation.
