Ethiopie :Abiy Ahmed prête serment pour un nouveau mandat tandis que les combats se poursuivent dans le nord du pays
Addis-Abeba — Le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed a prêté serment, ce lundi 5 octobre, pour un nouveau mandat de cinq ans, dans un contexte sécuritaire et régional particulièrement tendu. Reconduit à l’unanimité par la Chambre des représentants du peuple, issue des législatives de juin largement remportées par son Parti de la prospérité (PP), il entame cette nouvelle phase de son pouvoir alors que les combats ont repris dans le nord du pays, que le Tigré replonge dans la violence et que les relations avec plusieurs voisins se dégradent.
Cette investiture intervient à un moment particulièrement délicat pour le Premier ministre, qui doit composer avec plusieurs foyers de tension simultanés. Dans le Tigré, les affrontements ont repris entre les forces fédérales et les combattants liés au Front de libération du peuple du Tigré (TPLF), faisant ressurgir le spectre de la guerre de 2020-2022. Les combats, les frappes et les mouvements de population font déjà peser une nouvelle menace sur une région qui peine encore à se remettre du précédent conflit.
Les forces gouvernementales ont repris samedi Mekele, capitale régionale du Tigré, après le retrait des combattants du TPLF. Cette avancée militaire ne signifie toutefois pas la fin des hostilités. Le mouvement tigréen a menacé de poursuivre la lutte sous la forme d’une guérilla, faisant craindre l’installation d’un conflit prolongé dans une région déjà profondément marquée par plusieurs années de guerre.
Dans la nuit de dimanche à lundi, des frappes aériennes et des tirs d’artillerie ont de nouveau touché plusieurs secteurs du Tigré. Des sources humanitaires ont fait état d’au moins 17 morts dans des attaques au nord-ouest de Mekele, un bilan qui n’a pas pu être vérifié de manière indépendante. La multiplication des affrontements intervient alors que les autorités éthiopiennes cherchent à afficher leur contrôle du terrain et à empêcher une nouvelle structuration de la résistance armée.
Le risque est d’autant plus important que les blessures du conflit précédent restent loin d’être refermées. La guerre du Tigré, qui s’était déroulée de 2020 à 2022, avait provoqué une catastrophe humanitaire et fait plusieurs centaines de milliers de morts selon différentes estimations. L’accord de Pretoria, conclu en novembre 2022, avait permis de faire taire les principales armes, mais sa mise en œuvre est restée incomplète et plusieurs contentieux politiques et territoriaux n’ont jamais été réglés.
Le nouveau mandat d’Abiy Ahmed commence donc dans un pays où la question de la stabilité demeure loin d’être réglée. Le scrutin de juin, présenté par le pouvoir comme une étape du processus démocratique, n’a d’ailleurs pas pu se dérouler normalement dans certaines zones affectées par les violences. L’insécurité dans le Tigré et dans certaines parties de l’Amhara a limité la tenue du vote, tandis que les oppositions et les groupes armés continuent de contester l’autorité du gouvernement central dans plusieurs régions.
Devant le Parlement, Abiy Ahmed a appelé les groupes armés à quitter « les forêts » et à rejoindre les mécanismes de paix. Il a également insisté sur la nécessité de tirer les leçons des crises précédentes et de renforcer l’unité nationale. Le Premier ministre veut ainsi présenter son nouveau mandat comme celui de la consolidation de l’État et de la poursuite du développement, alors que les fractures politiques, ethniques et territoriales continuent de peser lourdement sur l’avenir du pays.
Abiy Ahmed tente pour sa part de donner à son second mandat une image de stabilité et de continuité. Son discours devant le Parlement a insisté sur la préparation du pays face aux menaces, la cohésion nationale et la défense des intérêts éthiopiens. Il affirme vouloir transformer les crises passées en leçons politiques et faire de l’unité un instrument pour affronter les défis à venir.
Mais le terrain raconte une réalité plus difficile. La reprise des combats au Tigré, la persistance de groupes armés dans plusieurs régions, les tensions avec l’Érythrée et les différends avec l’Égypte et le Soudan placent le nouveau gouvernement face à une série de crises qui se répondent et peuvent rapidement dépasser le cadre intérieur.
