Arabie saoudite : Riyad sous le feu des Houthis, l’aéroport frappé à plusieurs reprises
Riyad a subi jeudi l’une des vagues d’attaques les plus intenses depuis le début de la guerre régionale. Des missiles houthis ont visé à plusieurs reprises la capitale saoudienne et son aéroport, endommageant des avions et provoquant des dégâts au sol, tandis que diplomates, entreprises et établissements scolaires ont pris des mesures de sécurité.
À Riyad, la tension est montée d’un cran. Des fragments de missile sont tombés dans la capitale après l’interception d’un engin balistique, endommageant notamment une école maternelle et un complexe médical, selon la Défense civile saoudienne. Dans plusieurs quartiers, de fortes explosions ont été entendues, poussant des diplomates à se mettre à l’abri et certaines entreprises à évacuer leur personnel.
L’aéroport international de Riyad a également été directement touché. Deux sources informées de l’incident ont fait état de dégâts importants sur au moins un avion, tandis qu’une autre évoquait trois appareils endommagés. Des témoins présents sur place ont décrit un avion de ligne d’une compagnie saoudienne fortement détérioré, avec des trous et des fissures visibles sur la carlingue.
Les Houthis ont revendiqué trois attaques contre l’aéroport au cours de la seule journée de jeudi. Le mouvement yéménite, soutenu par l’Iran, a de nouveau appelé les compagnies aériennes à éviter l’espace aérien saoudien.
Face à la situation, l’aéroport a demandé aux voyageurs de vérifier auprès de leur compagnie aérienne le maintien de leur vol avant de se déplacer. Les panneaux d’affichage faisaient apparaître plusieurs reports et annulations. Les États-Unis ont, de leur côté, appelé leurs ressortissants à une « vigilance accrue » et interdit à leurs employés de se rendre à l’aéroport sans autorisation spéciale.
Dans la capitale, les habitants ont également vécu des moments de forte inquiétude. Des écoles internationales ont pris des mesures de précaution, certains enfants ayant été conduits dans des sous-sols pour se protéger. « Ma fille m’a appelée. Elle était en panique », a témoigné une mère de famille.
Cette intensification des attaques intervient dans un contexte de reprise des hostilités au Yémen. Les affrontements entre les Houthis, qui contrôlent Sanaa et de vastes territoires du pays, et les forces gouvernementales soutenues par l’Arabie saoudite se sont intensifiés depuis juillet, après plusieurs années d’accalmie.
Depuis plusieurs jours, les combattants houthis ciblent régulièrement des infrastructures pétrolières saoudiennes. Le mouvement a également appelé jeudi les employés travaillant sur ces sites à quitter leurs postes.
Deux autres aéroports saoudiens, en plus de celui de Riyad, avaient déjà été visés ces derniers jours. Ces attaques ont fait trois morts et plusieurs dizaines de blessés.
Parallèlement aux attaques contre le territoire saoudien, les combats se poursuivent au Yémen. Plus de 400 personnes ont été tuées depuis le lancement, lundi, de l’opération baptisée « Aube du Yémen » par les forces gouvernementales, soutenues par l’aviation saoudienne.
Jeudi, les affrontements dans le sud-ouest du pays ont fait au moins 83 morts, selon des sources militaires des deux camps.
Les forces gouvernementales cherchent à repousser les Houthis, qui avaient pris, au terme d’une offensive éclair en septembre, le contrôle de l’ensemble du littoral yéménite donnant sur la mer Rouge. Cette progression leur a permis de renforcer leur emprise sur le détroit de Bab el-Mandeb, passage stratégique reliant l’Asie à l’Europe via le canal de Suez.
Le gouvernement yéménite a revendiqué des « victoires sur plusieurs fronts », des affirmations démenties par les Houthis. Des sources militaires des deux camps ne faisaient toutefois pas état de changements majeurs sur les lignes de front.
La reprise des combats a provoqué le déplacement de plus de 200 000 personnes au Yémen, selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). L’organisation a alerté sur le manque de financements nécessaires pour répondre à cette nouvelle crise humanitaire dans l’un des pays les plus pauvres de la péninsule Arabique.
Riyad et ses alliés ont multiplié ces dernières semaines les appels à un soutien international, notamment auprès des États-Unis, sans obtenir jusqu’ici l’aide espérée.
Sur le plan militaire, la Turquie, le Pakistan et l’Arabie saoudite avaient convenu en début de semaine de passer « immédiatement à la mise en pratique » d’un accord de défense trilatéral signé en août à La Mecque. Côté turc, toutefois, le texte doit encore être ratifié par le Parlement pour entrer en vigueur.
Ankara a par ailleurs précisé jeudi qu’il n’était pas question d’envoyer des troupes au Yémen. La Turquie évoque uniquement « une coopération en matière de défense », sans en préciser davantage les modalités.
