Le simulacre de la régulation : Quand le pouvoir s’attaque aux conséquences de sa propre faillite agricole
Le feuilleton de la pomme de terre, véritable baromètre du désespoir social en Algérie, vient de s’enrichir d’un nouvel épisode qui illustre, jusqu’à la caricature, l’impuissance des autorités face à l’effondrement du pouvoir d’achat. Réunie en urgence le 6 octobre 2026, la Chambre nationale de l’agriculture (CNA) a validé une batterie de mesures censées contenir la flambée vertigineuse de ce tubercule de base, devenu un luxe pour des millions de foyers. Au menu des annonces : un plafonnement immédiat du prix de la pomme de terre, une politique dite de « tolérance zéro » contre la spéculation et une facilitation des procédures d’importation pour les intrants agricoles. Une énième démonstration de gestion de crise à la petite semaine, qui tente de masquer par des slogans martiaux l’absence structurelle d’une véritable politique agricole.
En agitant une nouvelle fois l’épouvantail des « spéculateurs », le régime s’adonne à son exercice favori : la recherche de boucs émissaires pour s’exomérer de ses propres responsabilités. Ce ne sont ni les intermédiaires ni les commerçants de détail qui ont détruit les circuits de distribution, mais bien l’incompétence d’une bureaucratie tatillonne qui étouffe les producteurs depuis des années. Le plafonnement autoritaire des prix, loin de régler la crise, risque de provoquer l’effet inverse en poussant les agriculteurs à délaisser une filière devenue non rentable, ou en alimentant un marché noir parallèle déjà florissant. Quant à la facilitation tardive des importations d’intrants, elle sonne comme un aveu d’échec cuisant pour un pouvoir qui prétendait, il y a peu, avoir atteint l’autosuffisance et banni la dépendance vis-à-vis de l’étranger.
Cette politique de la fuite en avant démontre que les institutions officielles, déconnectées de la détresse du terrain, sont incapables d’attaquer le mal à la racine. La crise de la pomme de terre n’est pas un accident de parcours dû à des facteurs conjoncturels, mais la conséquence logique du délabrement des chambres froides étatiques, du coût prohibitif des semences et du manque flagrant de soutien aux fellahs abandonnés à leur sort. En se contentant de gesticulations administratives et de menaces sécuritaires pour stabiliser la mercuriale, Alger refuse de voir que c’est tout son modèle économique qui est à bout de souffle. Pour le citoyen lambda, réduit à scruter l’assiette avec angoisse, ces mesures d’urgence ne sont qu’un pansement dérisoire sur une plaie béante, confirmant que la sécurité alimentaire du pays est devenue le cadet des soucis d’une oligarchie plus préoccupée par sa survie que par le panier du peuple.
