Voyage d’hiver et d’été des Algériens pour l’eau
Que ce soit au début de l’automne, en été ou en hiver, les températures grimpent à des niveaux records ou baissent, et le citoyen désespéré se retrouve confronté à un ennemi silencieux qui frappe aux portes des foyers sans permission : la soif. L’interruption de l’alimentation en eau n’est plus un simple dysfonctionnement technique passager, mais elle s’est transformée en un mode de vie imposé en Algérie, mettant à l’épreuve les slogans du « nouvel Algérie » du Président Abdelmadjid Tebboune face à une crise de sécheresse qualifiée de faillite hydraulique.
Dans les quartiers d’Alger, de Blida et d’Oran, jusqu’aux profondeurs des Hautes Plaines, le même tableau se répète : de longues files d’attente de citoyens portant des seaux en plastique, le bruit des moteurs des camions-citernes qui sont devenus les seuls sauveurs, même à des prix qui brûlent les poches. La quête quotidienne d’eau s’est transformée en un épuisement quotidien d’énergie et de temps, soulevant des questions brûlantes sur la pertinence des investissements massifs annoncés par le président dans le secteur des ressources hydrauliques. Les rapports de terrain indiquent une chute alarmante des niveaux des barrages ; certains affichent des taux de remplissage aux niveaux les plus bas jamais enregistrés depuis des décennies. Bien sûr, le changement climatique n’est pas le seul coupable : les experts en climat et en irrigation pointent plusieurs facteurs, dont le réchauffement climatique, la diminution des précipitations, le processus de désertification, ainsi que le gaspillage des réseaux, où 30 à 40 % des eaux se perdent à cause de la détérioration et des fuites des canaux de distribution. À cela s’ajoute la bureaucratie corrodée qui retarde la réalisation des usines de dessalement d’eau de mer et gère la crise avec des solutions de fortune qui n’annoncent rien de bon, alors que le gouvernement de la « mafia » mise presque exclusivement sur le programme national de dessalement comme solution stratégique pour assurer l’eau potable, surtout dans les wilayas côtières, afin de soulager la pression sur les barrages et de canaliser leurs eaux vers l’agriculture. Même si ces projets représentent un bouée de sauvetage technique, le rythme d’exécution et la dépendance excessive aux solutions énergivores et coûteuses suscitent des inquiétudes quant à la durabilité financière et environnementale à long terme.
La soif, elle, n’attend pas. Un habitant défavorisé d’un quartier populaire du cœur d’Alger se retrouve bloqué. L’augmentation du sentiment d’indignation populaire, due à des robinets à sec pendant des semaines, parfois des mois, crée une tension silencieuse et une colère enfouie. Le citoyen, à qui l’on a promis une renaissance économique, réclame aujourd’hui le bien le plus élémentaire : l’eau. Faire face à la faillite hydraulique nécessite plus que le simple lancement de nouvelles stations avec un battage médiatique vide ; cela exige une révolution dans la culture de la consommation, une remise à neuf complète des infrastructures vétustes, et surtout une transparence dans l’information du peuple trompé sur la réalité de la situation hydraulique. Une Algérie nouvelle ne peut se construire sur un sol assoiffé.
