Mauritanie : Ould Ghazouani renouvelle sa confiance à Ould Djay malgré la crise du scandale électrique

Mauritanie : Ould Ghazouani renouvelle sa confiance à Ould Djay malgré la crise du scandale électrique

Le président mauritanien Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani a renouvelé sa confiance au Premier ministre Mokhtar Ould Djay, quelques heures après la démission du gouvernement, dans un contexte marqué par les révélations d’un rapport sur les incendies qui ont paralysé une partie du réseau électrique de Nouakchott en août dernier. Le document met en cause de graves défaillances techniques et administratives dans la gestion des installations de la Société mauritanienne d’électricité (Somelec), ainsi que des irrégularités présumées dans un marché de remplacement de câbles.

Le 9 octobre, Mokhtar Ould Djay a remis la démission de son gouvernement au chef de l’État. Dans la foulée, la présidence a annoncé que Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani lui avait renouvelé sa confiance et l’avait chargé de proposer la composition d’une nouvelle équipe gouvernementale. Cette décision intervient au lendemain de la réception, par le président, du rapport de la commission indépendante chargée d’examiner les circonstances des incendies survenus les 21 et 22 août dans deux postes de transformation électrique de la capitale.

Ces sinistres avaient privé plusieurs quartiers de Nouakchott d’électricité pendant plusieurs jours. Le rétablissement complet de l’alimentation électrique avait nécessité cinq jours, suscitant des interrogations sur la fiabilité des installations et la capacité des services concernés à prévenir ce type d’incident et à en gérer les conséquences.

Présidée par l’ancien ministre des Finances Ousmane Mamoudou Kane, la commission d’enquête a relevé de graves insuffisances en matière de prévention, de protection électrique, de contrôle des travaux et de gestion des urgences. Ses conclusions font également état d’anomalies présumées dans la passation et l’exécution du marché portant sur le remplacement de câbles électriques, un projet dont le coût dépasse neuf millions de dollars.

Selon les éléments du rapport, l’entreprise chargée des travaux aurait modifié les caractéristiques des câbles sans procéder aux essais techniques requis. Le contrôle du chantier aurait également été insuffisant, tandis que certains raccordements auraient été utilisés malgré des réserves techniques. La commission s’interroge par ailleurs sur les qualifications du prestataire retenu et sur les conditions dans lesquelles le marché a été exécuté.

Le calendrier initial du projet est lui aussi mis en cause. Le délai contractuel de quatre mois aurait été fixé sans tenir suffisamment compte des contraintes techniques, alors que les estimations évoquées par la commission situaient la durée nécessaire entre dix et douze mois. Ces écarts soulèvent des questions sur la préparation du chantier, le suivi des travaux et les mécanismes de contrôle mobilisés par les autorités compétentes.

Le rapport cite plusieurs hauts responsables, parmi lesquels le ministre de l’Énergie, Mohamed Ould Khaled, le secrétaire général de son département, Ali Sili Soumare, le directeur général de l’Électricité et des Énergies renouvelables, Mohamed El Mokhtar Ahmed Mouloud, ainsi que le directeur général actuel de la Somelec, Akhrambali Ould Mohamed Lahbib, et son ancien dirigeant, Sidi Ould Salem. Leur mention dans le document ne constitue toutefois pas, à elle seule, une déclaration de culpabilité judiciaire.

Face à ces constats, la commission recommande notamment de geler les paiements liés au projet, de mettre fin au contrat concerné, de procéder à une évaluation des installations de la Somelec et d’établir les responsabilités dans les défaillances relevées. Elle préconise également un renforcement de la coordination entre les organismes chargés de la sécurité électrique et les services de la protection civile.

La démission du gouvernement intervient donc dans un climat de fortes interrogations sur la gestion du secteur de l’électricité. Si la présidence n’a pas explicitement établi de lien direct entre le départ de l’équipe gouvernementale et les conclusions de la commission, la proximité entre la remise du rapport et la démission donne à cette séquence une dimension politique particulière.

Mokhtar Ould Djay, nommé à la tête du gouvernement le 2 août 2024, au début du second mandat de Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, a déclaré assumer la responsabilité des éventuelles insuffisances de son équipe et remercié le président pour la confiance accordée. Sa reconduction signifie qu’il est appelé à conduire la formation d’un nouveau gouvernement, alors que les suites à donner aux conclusions de l’enquête restent au centre de l’attention.

Cette crise place désormais les autorités mauritaniennes face à plusieurs enjeux : clarifier les responsabilités, tirer les conséquences des défaillances relevées et restaurer la confiance dans la gestion des infrastructures électriques. La composition de la prochaine équipe gouvernementale et les décisions qui seront prises à l’égard du marché contesté permettront de mesurer la portée politique et administrative donnée à ce dossier.

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