RD Congo : Joseph Kabila prend la tête d’un mouvement politico-militaire incluant le M23
L’ancien président congolais Joseph Kabila a pris, lundi 12 octobre, la tête du Front pour la refondation de la nation (FRN), une nouvelle formation politico-militaire qui regroupe notamment le mouvement armé M23, soutenu par le Rwanda. Cette alliance, annoncée depuis Goma, dans l’est de la République démocratique du Congo (RD Congo), intervient dans un climat de fortes tensions politiques et sécuritaires, alors que les tentatives de médiation pour mettre fin au conflit dans l’est du pays peinent à produire des résultats concrets.
Rarement apparu en public ces derniers mois, Joseph Kabila s’est présenté lundi soir devant la presse, aux côtés de plusieurs hauts responsables du M23, sans toutefois prendre la parole. L’annonce de la création du FRN a été faite depuis sa résidence à Goma, grande ville du Nord-Kivu contrôlée par le mouvement armé. Les responsables du M23 et de l’Alliance Fleuve Congo (AFC), dont la branche politique a été dissoute dans le cadre de cette nouvelle structure, ont été désignés vice-présidents du mouvement.
Dans leur déclaration, les membres du FRN ont annoncé leur volonté de mutualiser leurs forces, leurs ressources et leurs moyens afin de « mettre un terme à la tyrannie » en RD Congo, y compris par le recours à la force. Cette déclaration marque un rapprochement politique désormais affiché entre l’ancien chef de l’État, qui a dirigé le pays de 2001 à 2019, et les acteurs de la rébellion qui contrôle de vastes territoires dans l’est congolais.
Cette recomposition intervient alors que le président Félix Tshisekedi approche de la fin de son second mandat, prévue en 2028. La Constitution congolaise limite à deux le nombre de mandats présidentiels. Toutefois, des responsables de la majorité ont engagé depuis plusieurs mois un débat sur une éventuelle révision constitutionnelle, une perspective qui pourrait ouvrir la voie à un troisième mandat. L’opposition dénonce une manœuvre destinée à prolonger le maintien au pouvoir du président.
Des rassemblements organisés en juin et en septembre à Kinshasa et dans plusieurs autres grandes villes ont exprimé le rejet de cette éventualité. Ces manifestations ont été marquées par des heurts et des interventions des forces de l’ordre. Les Nations unies ont fait état d’au moins un mort lors du premier rassemblement dans la capitale, tandis que l’opposition a dénoncé l’assassinat d’un de ses membres lors du second.
Joseph Kabila, âgé de 55 ans, est lui-même confronté à de lourdes poursuites judiciaires. En septembre 2025, la justice militaire congolaise l’a condamné à mort par contumace pour trahison et crimes de guerre. Les magistrats l’avaient notamment présenté comme l’un des initiateurs de l’Alliance Fleuve Congo, structure politique associée au M23. L’ancien président conteste ainsi, par son rapprochement avec cette mouvance, l’autorité de son successeur dans un contexte de polarisation politique croissante.
Un conflit toujours sans issue dans l’est du pays
Depuis plus de trente ans, l’est de la RD Congo est confronté à des violences récurrentes impliquant des groupes armés et les forces gouvernementales. Au début de l’année 2025, une offensive du M23, soutenu par le Rwanda selon Kinshasa et plusieurs acteurs internationaux, a permis au mouvement de prendre Goma, au Nord-Kivu, puis Bukavu, dans la province voisine du Sud-Kivu. Les forces congolaises n’ont pas réussi à empêcher cette progression.
Les initiatives diplomatiques engagées pour rétablir la paix n’ont jusqu’ici pas permis de stabiliser durablement la situation. Un accord conclu en décembre entre Kinshasa et Kigali, sous l’égide des États-Unis, n’a pas produit d’amélioration concrète sur le terrain. En juillet 2025, le gouvernement congolais et le M23 s’étaient également engagés, dans le cadre d’une médiation du Qatar, à respecter un cessez-le-feu. Celui-ci n’a toutefois pas mis fin aux affrontements.
La création du Front pour la refondation de la nation ajoute ainsi un nouvel élément à une crise où s’entrecroisent affrontement militaire, rivalités politiques internes et tensions régionales. En réunissant autour de Joseph Kabila des responsables du M23 et de l’ancienne AFC, le nouveau mouvement entend coordonner leurs moyens contre le pouvoir en place. Les conséquences de cette alliance sur le rapport de force politique et sur les perspectives de règlement du conflit restent toutefois à mesurer.
