RDC : la peur d’Ebola éloigne les mères et les enfants des soins essentiels

RDC : la peur d’Ebola éloigne les mères et les enfants des soins essentiels

La propagation du virus Ebola dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC) provoque des conséquences qui dépassent les seules contaminations. Alimentée par la désinformation et les rumeurs, la peur de fréquenter les structures sanitaires pousse de nombreuses femmes à renoncer aux consultations prénatales et à accoucher à domicile, tandis que les enfants sont de moins en moins vaccinés.

Dans l’est de la République démocratique du Congo, la crainte d’être contaminé par Ebola éloigne progressivement les populations des centres de santé. À Butembo, dans la province du Nord-Kivu, les professionnels de santé constatent une diminution marquée des accouchements en milieu hospitalier et des consultations médicales, alors que les organisations humanitaires alertent sur les effets indirects de l’épidémie sur les services de santé de base.

Les conséquences sont particulièrement préoccupantes pour les femmes enceintes. Selon les soignants, certaines renoncent aux consultations prénatales par peur d’être exposées au virus ou d’être transférées dans un centre de traitement spécialisé. D’autres choisissent d’accoucher à domicile, parfois sans assistance médicale, augmentant ainsi les risques de complications graves et de décès.

Les données disponibles illustrent l’ampleur de cette dégradation. En Ituri, la mortalité maternelle a augmenté de près de 70 % entre mai et juillet par rapport à la même période de l’année précédente, selon des données des Nations unies. Cette hausse intervient alors que les structures sanitaires doivent faire face aux conséquences de l’épidémie et à des moyens limités. Les réductions de l’aide internationale ont également entraîné des pénuries de médicaments indispensables à la prise en charge des patients.

À Butembo, le personnel du centre de santé de Masiki témoigne d’une baisse spectaculaire du nombre d’accouchements depuis le début de l’épidémie en mai. Lors d’une visite récente, une seule mère se reposait avec son nouveau-né dans une maternité où plusieurs rangées de lits étaient inoccupées.

L’infirmière en chef, Liliane Adronga, explique que certaines femmes soupçonnent les médicaments distribués dans les établissements de santé de contenir le virus Ebola. Ces croyances, sans fondement médical, alimentent la méfiance à l’égard des soignants et retardent le recours aux traitements. Elle évoque notamment le cas d’une femme qui aurait perdu son bébé à la suite d’un paludisme non traité, après avoir tardé à consulter.

Les chiffres communiqués par le Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA) confirment cette tendance. Entre mai et juillet, les accouchements en établissement de santé ont diminué de plus de 30 %, tandis que les traitements pour complications obstétricales ont reculé de 50 %. Ces baisses compromettent la prise en charge des grossesses à risque et peuvent aggraver les conséquences de complications qui auraient pu être traitées à temps.

La crise touche également la santé infantile. Selon les organisations humanitaires, les premiers mois de l’épidémie ont été marqués par une forte diminution des vaccinations de routine et des consultations pédiatriques dans les zones concernées. En août, l’UNICEF a signalé une baisse de plus de moitié des vaccinations habituelles entre avril et juin dans les secteurs les plus touchés de l’Ituri. À Mongbwalu, l’administration de la première dose du vaccin contre la rougeole a chuté de 69 %.

À l’échelle de la province, les établissements de santé ont administré 23 000 doses de vaccins de routine de moins en mai et juin qu’en avril, selon l’UNICEF. Ce recul inquiète les acteurs humanitaires dans un pays déjà confronté à des flambées récurrentes de rougeole. D’après les données du ministère congolais de la Santé, la RDC a enregistré 126 000 cas de cette maladie depuis le début de l’année 2026.

La baisse de la couverture vaccinale risque ainsi d’alourdir davantage la charge pesant sur un système sanitaire déjà fragilisé par Ebola. Les enfants qui ne reçoivent pas leurs vaccins sont davantage exposés à des maladies évitables, tandis que les retards de consultation peuvent transformer des infections traitables en urgences médicales.

« Nous devons nous préoccuper non seulement de l’impact direct d’Ebola, mais aussi de ses effets indirects sur la santé, la nutrition, la protection de l’enfance et la précarité », souligne Raoul Kamadjeu, expert en urgences de santé publique à l’UNICEF. Il avertit que plus une épidémie se prolonge, plus les risques pour les populations augmentent.

Masika Furaha, mère de trois enfants vivant à Butembo, raconte avoir longtemps hésité à faire vacciner ses enfants. « Nous ne voulions pas emmener nos enfants dans les centres de santé de peur d’être transférés dans un centre de traitement Ebola. Car une fois là-bas, on peut mourir », explique-t-elle. Elle a finalement accepté de faire vacciner son plus jeune enfant après avoir constaté que les enfants vaccinés autour d’elle restaient en bonne santé.

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