Irak : le Parlement valide les derniers ministres et achève la formation du gouvernement d’Ali al-Zaidi

Irak : le Parlement valide les derniers ministres et achève la formation du gouvernement d’Ali al-Zaidi

Le Parlement irakien a approuvé jeudi 15 octobre les dernières nominations au sein du gouvernement du Premier ministre Ali al-Zaidi, mettant fin à plusieurs mois d’attente pour des portefeuilles stratégiques, notamment ceux de la Défense et de l’Intérieur. Onze postes ministériels ont été validés, tandis que les députés ont également donné leur feu vert à la nomination de trois vice-Premiers ministres, dont Laith al-Khazali, un haut responsable d’un mouvement armé soutenu par l’Iran. Cette étape permet à l’exécutif de compléter l’essentiel de son équipe, mais un portefeuille reste en suspens en raison de désaccords persistants entre les formations politiques.

Réunis en session à Bagdad, les députés ont approuvé les nominations de Nayef al-Shammari au ministère de la Défense et de Yasir al-Maliki à celui de l’Intérieur. Ces deux postes figuraient parmi les fonctions les plus sensibles encore vacantes depuis la prise de fonctions du gouvernement en mai dernier. Leur attribution constitue une étape importante pour un exécutif confronté à des enjeux sécuritaires, institutionnels et économiques considérables, dans un pays où les équilibres politiques restent étroitement liés aux rapports de force entre les différents partis et courants d’influence.

La validation de ces nominations intervient cinq mois après l’entrée en fonction d’Ali al-Zaidi. Durant cette période, plusieurs portefeuilles clés n’avaient pas encore trouvé de titulaires définitifs, prolongeant les incertitudes sur la composition complète de l’équipe gouvernementale. Le vote de jeudi permet ainsi de lever une partie des blocages qui entouraient la répartition des responsabilités au sein de l’exécutif et de donner aux ministères concernés des responsables officiellement investis dans leurs fonctions.

Le processus n’a toutefois pas été mené à son terme. Les parlementaires ont décidé de reporter le vote relatif à la nomination du ministre des Migrations et des Déplacements, en raison de divergences entre les partis. Ce désaccord souligne les difficultés que continue de rencontrer la classe politique irakienne pour parvenir à un compromis sur certains postes gouvernementaux. La répartition des portefeuilles demeure un enjeu majeur dans un système politique où les négociations entre les différentes forces sont déterminantes pour la constitution des institutions et le fonctionnement de l’exécutif.

Au-delà des nominations ministérielles, le Parlement a également approuvé trois vice-Premiers ministres. Parmi eux figure Laith al-Khazali, l’un des principaux dirigeants du mouvement Asaïb Ahl al-Haq, une organisation soutenue par l’Iran et influente dans le paysage politique et sécuritaire irakien. Sa nomination intervient dans un contexte où la place des groupes armés liés à Téhéran demeure au centre des préoccupations concernant l’autorité de l’État, l’autonomie des institutions nationales et les relations de Bagdad avec ses partenaires étrangers.

En 2020, les États-Unis avaient désigné Asaïb Ahl al-Haq comme organisation terroriste étrangère. Washington avait également inscrit ses dirigeants, les frères Qais al-Khazali et Laith al-Khazali, sur sa liste des terroristes internationaux spécialement désignés. Les autorités américaines accusent le mouvement d’avoir mené des attaques contre les forces américaines et celles de la coalition internationale déployées en Irak. Ces désignations illustrent les tensions persistantes autour de l’influence des organisations armées proches de l’Iran et de leur rôle dans les équilibres politiques et sécuritaires du pays.

La présence de Laith al-Khazali parmi les vice-Premiers ministres devrait ainsi attirer l’attention sur la capacité du gouvernement à concilier les rapports de force internes avec les exigences de consolidation des institutions publiques. La question du contrôle des groupes armés constitue en effet l’un des dossiers les plus délicats pour les autorités irakiennes. Elle touche à la souveraineté nationale, à la maîtrise de la décision sécuritaire et aux relations de l’Irak avec les États-Unis, l’Iran et les autres acteurs régionaux.

Le programme présenté par Ali al-Zaidi prévoit plusieurs priorités économiques et institutionnelles, parmi lesquelles la mise en œuvre de réformes, le renforcement de la lutte contre la corruption et la consolidation des institutions de l’État. Ces engagements interviennent alors que les autorités doivent répondre aux attentes d’une population confrontée à des difficultés économiques persistantes et aux conséquences de décennies d’instabilité politique et sécuritaire.

La lutte contre la corruption figure parmi les principaux défis de l’exécutif. Profondément enracinée dans les structures administratives et les circuits de décision, elle pèse sur l’efficacité des services publics, la gestion des ressources nationales et la confiance des citoyens dans les institutions. La mise en œuvre de mesures anticorruption exigera des mécanismes de contrôle crédibles, une plus grande transparence dans la gestion des fonds publics et la capacité de l’État à faire appliquer ses décisions, y compris lorsque celles-ci touchent des intérêts politiques établis.

Sur le plan économique, le gouvernement devra également s’employer à reconstruire une économie affectée par les périodes successives d’instabilité régionale. L’amélioration de la gestion publique, le renforcement des institutions et la mise en œuvre de réformes sont présentés comme des leviers essentiels pour répondre à ces difficultés. La capacité de l’exécutif à transformer ses engagements en résultats concrets constituera un indicateur déterminant de sa crédibilité au cours des prochains mois.

Le renforcement de l’autorité de l’État sur les groupes armés alliés à l’Iran représente un autre défi majeur. La coexistence des institutions officielles avec des organisations disposant de leurs propres capacités armées et d’une influence politique importante complique les efforts visant à centraliser la décision sécuritaire. Pour le gouvernement, l’enjeu consiste à affirmer la prééminence des institutions nationales sans provoquer de nouvelles tensions susceptibles de déstabiliser davantage le pays.

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