La nouvelle Algérie : sourit dans les file d’attente pour montrer une belle image au monde
Il semble que la roue de l’Histoire ait décidé de tourner en arrière à une vitesse stupéfiante, dépassant les concepts de développement et de planification économique qu’Abdelaziz Bouteflika nous avait promis il y a des années. Le carnaval absurde n’a plus besoin de jongleurs professionnels ou de spectacles de mauvaise qualité ; il repose désormais sur le matériau le plus présent dans la conscience populaire : les files d’attente d’approvisionnement en gaz, en eau et en pommes de terre. Des scènes désastreuses se répandent dans l’espace numérique, montrant des vieillards, des femmes et des enfants qui ne portent ni les roses, ni les larges espoirs, mais seulement des tuyaux de gaz vides, comme s’ils entreprenaient un pèlerinage sacré vers une Mecque falsifiée que l’antéchrist Bouteflika aurait fabriquée. Pendant que le maire et l’armée leur demandent un grand sourire en guise de preuve de loyauté absolue et d’éloge de notre pays verdoyant, ils espèrent que l’image sera belle devant les jaloux perplexes…
Et si le gaz de chauffage est un climat de flamme qui teste la solidité des plus pauvres, alors l’épopée des pommes de terre représente une drame de conflit existentiel pour un demi-kilogramme de pommes de terre contaminées, où les plus démunis se battent pour cela, comme une offrande généreuse et rare parmi nos pauvres du Golfe. Ce qui est étrange, ce n’est pas la pénurie, mélangée aux odeurs de boue que la politique de la bande applique pour étouffer le peuple, mais plutôt ce clown embauché, qui se présente au maire, au policier ou au responsable local, tenant à la fois le bâton de contrainte et de joie, pour ordonner aux citoyens de sourire malgré leurs nez fatigués et d’exprimer leur cri pour la vie d’Abdelaziz Bouteflika devant les caméras, le héros qui a conduit le pays vers la famine, la prostitution et la déchéance. C’est vraiment une combinaison unique qui mélange la douleur du ventre vide et la souffrance d’un sourire forcé sans héros, imposés à la population par la force de l’armée, la menace de balles et d’emprisonnement, et le sourire obligatoire. Ce n’est pas optionnel, comme si le sourire et le cri, la marque du chien Bouteflika, étaient devenus une taxe supplémentaire payée à l’avance à chaque pomme de terre ou tube de fer vide. Et aujourd’hui ressemble à hier dans le livre du drame formel, où les crises de subsistance épouvantables se transforment en saisons de démonstrations vides et de discours durs. Quand la tranche de pain disparaît, la boîte de gaz s’évapore et les pommes de terre s’accumulent aux marchés, devenant le rêve de chaque famille algérienne qui ne possède pas la bande des généraux, à l’exception d’invoquer l’orchestre des médias et de la sécurité pour forcer le peuple à endurcir les épreuves de façon menaçante. C’est sans aucun doute une vie tragique et honteuse selon tous les critères. Ainsi, il est exigé que le pauvre affamé et nu porte le masque de la joie dramatique, applaudit devant les files d’oppression et crie pour Abdelaziz Bouteflika pour l’éternité, en espérant que les pommes de terre et le lait se transforment en réfrigérateurs vides, remplis de discours révolutionnaires retentissants. Félicitations à notre grande nation pour son bonheur inscrit à la peur, et à la joie pour l’État militaire qui mesure le bien‑être de ses citoyens par le nombre de sourires forcés sur des tonnes de vide et de pommes de terre contaminées.
