Burkina Faso : Ibrahim Traoré rétablit la peine de mort pour terrorisme, espionnage et trahison

Burkina Faso : Ibrahim Traoré rétablit la peine de mort pour terrorisme, espionnage et trahison

Le nouveau Code pénal burkinabè réintroduit la peine capitale, abolie en 2018, pour plusieurs infractions, dont les actes de terrorisme, l’espionnage et la trahison. Le gouvernement justifie cette réforme par la nécessité de renforcer la sécurité nationale, dans un pays confronté depuis une décennie aux violences jihadistes.

Le capitaine Ibrahim Traoré avait lui-même défendu le principe du rétablissement de la peine capitale lors d’un entretien télévisé à la fin du mois de septembre. Évoquant les personnes accusées d’espionnage ou de trahison, le dirigeant militaire avait affirmé que ces actes seraient désormais sanctionnés avec la plus grande sévérité, rejetant ce qu’il qualifiait de « sentimentalisme ».

L’Assemblée législative de transition (ALT) a adopté à l’unanimité, avec 71 voix, le nouveau Code pénal qui prévoit le recours à la peine capitale pour plusieurs infractions, notamment le terrorisme, l’espionnage, la trahison, le parricide ainsi que l’importation de produits périmés ou prohibés ayant entraîné la mort. L’information a été rapportée mardi 20 octobre par l’Agence d’information du Burkina (AIB), média d’État.

Cette décision marque un retour en arrière sur le plan de l’abolition de la peine capitale, supprimée du droit burkinabè en 2018, sous la présidence de Roch Marc Christian Kaboré. Le gouvernement militaire dirigé par le capitaine Ibrahim Traoré avait annoncé dès décembre dernier son intention de réintroduire cette sanction, dans le cadre d’une réforme plus large de la législation pénale.

Le ministère de la Justice présente cette réforme comme un instrument destiné à renforcer l’ordre public, à défendre les valeurs nationales et à garantir la sécurité des personnes et des biens. Selon l’AIB, qui rapporte les propos du ministre de la Justice, Edasso Rodrigue Bayala, les groupes terroristes auraient exploité la relative clémence de l’ancienne législation pour attirer de nouvelles recrues.

La lutte contre les groupes armés constitue l’un des principaux arguments avancés par les autorités pour justifier le durcissement de la législation. Toutefois, la réintroduction de la peine de mort intervient également dans un contexte de restrictions des libertés publiques et de pressions dénoncées par des organisations de défense des droits humains.

Selon plusieurs ONG internationales, des voix critiques du pouvoir, des journalistes et des magistrats ont été enlevés. Certains auraient également été enrôlés de force pour participer aux opérations contre les groupes jihadistes. Ces accusations alimentent les inquiétudes concernant le respect des droits fondamentaux sous le régime militaire.

Amnesty International, qui avait appelé les autorités burkinabè à abandonner leur projet de rétablissement de la peine capitale, rappelle que la dernière exécution recensée dans le pays remonte à 1988. L’abolition intervenue trente ans plus tard avait constitué une évolution importante du droit pénal burkinabè.

Le retour de cette sanction s’inscrit dans une politique plus large de durcissement menée par les autorités de transition. En septembre 2025, l’Assemblée législative avait déjà adopté une loi criminalisant les pratiques homosexuelles, avec des peines pouvant atteindre cinq ans d’emprisonnement.

Sur le plan diplomatique, le Burkina Faso poursuit parallèlement une orientation souverainiste, marquée par une prise de distance avec plusieurs partenaires occidentaux et un rapprochement avec la Russie et l’Iran. Aux côtés du Mali et du Niger, le pays a également renforcé sa coopération au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES).

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