Trump annule ses meetings de campagne et mise sur le téléphone, les républicains sous pression
À quelques jours des élections de mi-mandat aux États-Unis, Donald Trump revoit brusquement sa stratégie électorale. Le président américain a annulé les rassemblements prévus ce week-end dans l’Iowa et au Kansas, leur préférant des interventions téléphoniques destinées à mobiliser les électeurs républicains dans une vingtaine d’États. Présentée par le Comité national républicain comme un moyen d’élargir la portée de la campagne, cette décision intervient alors que le parti présidentiel fait face à une concurrence accrue et risque de perdre le contrôle du Congrès. Entre inquiétudes économiques, mécontentement sur les prix et conséquences de la guerre contre l’Iran, la dernière ligne droite électorale s’annonce plus incertaine que ne le laisse entendre l’assurance affichée par le locataire de la Maison-Blanche.
Le changement de programme a été annoncé jeudi soir. Donald Trump devait tenir un meeting au Kansas samedi, avant de se rendre dans l’Iowa dimanche. Ces deux rendez-vous ont finalement été remplacés par une séquence de 72 heures consacrée à des événements téléphoniques. Selon le Comité national républicain, cette formule doit permettre au président de toucher des électeurs dans environ 24 États, avec la possibilité d’étendre encore le dispositif.
Officiellement, cette réorganisation répond à une logique d’efficacité. En multipliant les interventions à distance, Trump pourrait soutenir davantage de candidats républicains sans multiplier les déplacements. Mais ce changement intervient à un moment particulièrement sensible pour le parti présidentiel, engagé dans plusieurs batailles électorales serrées. Il soulève donc des interrogations sur les véritables raisons de ce choix, alors que le président avait fait des grands rassemblements l’un des principaux instruments de sa mobilisation politique.
Au Texas, au Kansas, dans l’Ohio, l’Iowa et l’Alaska, plusieurs scrutins se jouent sur des écarts susceptibles de basculer. La course au Sénat dans le Mississippi retient également l’attention des deux camps. Dans ce paysage électoral tendu, les républicains cherchent à préserver leurs positions face à des démocrates déterminés à profiter du mécontentement d’une partie de l’électorat.
La Caroline du Sud constitue un autre point de vigilance. Donald Trump s’y est rendu jeudi pour la deuxième fois en un mois, signe de l’importance accordée à une compétition que les républicains espéraient pourtant mieux maîtriser. La candidate démocrate Annie Andrews tente d’y bousculer Darlene Graham, dans une bataille pour un siège au Sénat américain. Aucun démocrate n’a remporté de siège sénatorial dans cet État depuis près de trente ans. Mais Andrews, pédiatre et ancienne candidate au Congrès, appelle les électeurs désireux de changement à tenter une autre voie.
Cette situation illustre les difficultés auxquelles le Parti républicain pourrait être confronté, y compris dans des territoires où il bénéficie traditionnellement d’un avantage. L’économie, le coût de la vie et la guerre contre l’Iran nourrissent les préoccupations d’une partie de l’électorat. Autant de sujets susceptibles d’affaiblir le camp présidentiel à l’approche d’un scrutin qui pourrait redessiner les rapports de force à Washington.
Le changement de stratégie intervient également après un mois d’octobre marqué par une activité électorale moins soutenue que prévu. Donald Trump a tenu 25 meetings au cours du mois, alors qu’il avait auparavant évoqué un objectif supérieur à 30 rassemblements.
Ses déplacements répétés et ses longues interventions semblent aussi commencer à peser sur le rythme de sa campagne. Lundi, lors d’un meeting à Corinth, dans le Mississippi, le président, dont la voix était devenue rauque, a plaisanté sur les limites de ses cordes vocales, expliquant qu’elles n’étaient pas faites pour supporter un rassemblement quotidien.
Jeudi, interrogé sur une éventuelle annulation de son déplacement au Kansas pour des raisons de santé, Trump a vivement rejeté cette hypothèse. « Je me sens très bien », a-t-il répondu au journaliste, agacé par la question. Il a également justifié son absence du Kansas en estimant que le sénateur républicain Roger Marshall, opposé au démocrate Adam Hamilton, accomplissait un très bon travail et n’avait pas nécessairement besoin de sa présence sur le terrain.
Le format retenu marque en effet une rupture avec la méthode habituelle de Trump. Habitué aux discours de plus de 90 minutes devant des foules nombreuses, le président devrait désormais limiter certaines de ses interventions à une dizaine de minutes. Ses rassemblements récents se sont par ailleurs déroulés dans des salles plus petites que celles qu’il remplissait habituellement.
Malgré ces changements, Donald Trump continue d’afficher son optimisme. À son retour à la Maison-Blanche, il a assuré que les républicains passeraient une excellente soirée électorale mardi. Cette confiance contraste toutefois avec la multiplication des scrutins disputés et les inquiétudes suscitées par la situation économique et le climat politique.
Le président doit encore se rendre à Daytona Beach, en Floride, pour un meeting prévu vendredi. En revanche, le programme de ses déplacements pour lundi, dernière journée de campagne, n’avait pas encore été communiqué par la Maison-Blanche au moment de la publication.
La question dépasse désormais le simple choix entre rassemblements physiques et interventions à distance. Pour les républicains, l’enjeu est de transformer la popularité personnelle de Donald Trump auprès de sa base en votes suffisants pour conserver le contrôle du Congrès. Or, si les appels téléphoniques permettent de multiplier les contacts, ils ne reproduisent pas nécessairement l’effet de mobilisation des grands meetings, qui constituent depuis des années l’une des principales marques de fabrique du président.
