France : à Marseille, les commerçants pillés au bord de la faillite, les assurances tardent à indemniser
Alors que de nouvelles mobilisations sont annoncées ce samedi 7 novembre, les traces des violences restent profondément visibles dans le centre-ville de Marseille. Plusieurs établissements n’ont toujours pas repris leur activité, entre fermetures prolongées et chantiers de réparation. Mais au-delà des dégâts matériels et des marchandises dérobées, c’est désormais la lenteur des indemnisations qui menace directement la survie de nombreux commerces, incapables de financer seuls la reconstitution de leurs stocks et leur remise en activité.
Dans l’hypercentre, trois commerces sur cinq restent fermés ou en travaux. Une situation particulièrement préoccupante à l’approche des fêtes de fin d’année, période décisive pour le chiffre d’affaires du commerce de détail. Pour les professionnels sinistrés, chaque semaine supplémentaire sans remboursement réduit les possibilités de réouverture et accentue les risques de défaillance.
La boutique de vêtements Reboul figure parmi les établissements les plus durement touchés. Lors des pillages, l’intégralité de ses stocks a été dérobée. Son gérant, Yohan Lobelson, chiffre les pertes à 900 000 euros. Mais au préjudice initial s’ajoute désormais un problème de taille : les conditions d’indemnisation retenues par son assurance. Celle-ci envisage de prendre en charge les pertes au titre du vol, un régime nettement moins avantageux que celui prévu pour les dommages liés aux émeutes ou aux incendies.
« Le différentiel entre la notion d’émeutes/incendie et la notion de vol est du simple, au triple, au quadruple, au quintuple. C’est une vraie catastrophe pour nous. Cela met nos sociétés, en tous les cas celle-ci, dans une situation vraiment complexe », déplore le commerçant auprès de BFMTV.
Cette distinction entre les garanties contractuelles place plusieurs entreprises dans une impasse financière. Aux marchandises disparues s’ajoutent les réparations, les charges courantes et les pertes d’exploitation liées à l’interruption de l’activité. Pour les petites structures, qui disposent rarement de réserves suffisantes pour absorber un tel choc, l’attente des remboursements devient un facteur supplémentaire de fragilisation.
L’inquiétude est d’autant plus vive que les pillages sont survenus à l’approche de Noël. Dans plusieurs magasins, les stocks destinés aux ventes de fin d’année ont été entièrement dérobés. Or, cette période représente entre 30 et 40 % du chiffre d’affaires annuel de certains commerçants. Faute de trésorerie et d’indemnisations rapides, le réapprovisionnement devient difficile, voire impossible. Le manque à gagner risque ainsi de s’étendre bien au-delà des journées de fermeture.
Le président de la Chambre de commerce et d’industrie Marseille Provence, Jean-Luc Chauvin, met en garde contre les conséquences de cette paralysie et réclame une compensation intégrale des pertes par les assurances et les dispositifs d’aide. Pour lui, l’enjeu dépasse désormais la seule réparation des dégâts : il s’agit de permettre aux entreprises de retrouver les moyens financiers nécessaires à leur activité.
« Les commerçants ont besoin d’être compensés en totalité par les assurances et les autres dispositifs afin de rouvrir. Sinon, ils ne rouvriront pas », avertit-il.
Le responsable évoque une « catastrophe économique de grande ampleur », dont les effets touchent également les établissements qui n’ont pas été directement pillés. La fermeture de certains commerces, la dégradation de l’environnement commercial et la baisse de fréquentation pénalisent l’ensemble des professionnels du secteur. « Les deux commerces voisins ne voient pas de clients non plus », souligne-t-il.
Depuis le 17 octobre, plus de 330 commerces ont été sinistrés ou pillés à Marseille. Alors que de nouvelles mobilisations sont annoncées ce samedi 7 novembre, les commerçants restent confrontés à une urgence financière qui pourrait avoir des conséquences durables. Entre indemnisations insuffisantes, trésoreries épuisées et saison commerciale compromise, plusieurs entreprises risquent de ne jamais retrouver leur activité. À l’approche des fêtes de fin d’année, le retard des assurances pourrait ainsi transformer les pillages en une vague de défaillances commerciales.
