Belgique : le roi accorde un sursis au Premier ministre Bart De Wever, sommé de débloquer les négociations budgétaires
Le roi Philippe de Belgique a refusé, vendredi, la démission du Premier ministre Bart De Wever, qui avait décidé de quitter ses fonctions après l’échec des négociations budgétaires entre les cinq partis de la coalition gouvernementale. Le souverain lui a demandé de reprendre immédiatement les discussions afin de parvenir à un compromis sur le budget des trois prochaines années et d’éviter que le blocage politique ne se transforme en crise gouvernementale ouverte. Cette décision accorde un nouveau délai au chef de l’exécutif, mais ne dissipe en rien les divergences qui opposent les partenaires de la majorité sur la répartition des efforts destinés à redresser les finances publiques.
La décision royale intervient au terme de plusieurs jours de consultations au Palais royal. Après avoir reçu Bart De Wever, Philippe s’est entretenu avec les présidents des cinq formations politiques qui composent la coalition au pouvoir. Ces consultations visaient à mesurer les possibilités de sortie de crise, alors que les discussions budgétaires étaient dans l’impasse depuis le 1er novembre. À l’issue de ces rencontres, les responsables politiques ont fait part de leur volonté de parvenir à un accord dans les meilleurs délais. Ils se sont également engagés formellement à accepter des concessions pour permettre la poursuite du travail gouvernemental.
Dans son communiqué, le Palais royal a précisé que le souverain avait insisté sur la nécessité de trouver un équilibre entre la préservation de la cohésion sociale et le soutien à la croissance économique. Bart De Wever devra rendre compte de l’état d’avancement des négociations le lundi 16 novembre. Ce délai constitue une nouvelle échéance politique pour une coalition qui peine à dépasser ses divisions sur les choix fiscaux et les réductions de dépenses.
Au centre de cette confrontation figure un programme d’économies de 10 milliards d’euros à réaliser d’ici à 2029. Le gouvernement cherche à réduire un déficit public supérieur à 5 % du produit intérieur brut, dans un contexte où la maîtrise des dépenses est devenue une priorité. Le Premier ministre, conservateur flamand, défend un effort budgétaire important, reposant principalement sur des réductions des dépenses publiques, notamment dans le secteur de la santé, mais également sur la mobilisation de nouvelles recettes.
C’est précisément sur la nature et la répartition de cet effort que les partenaires de la coalition ne parviennent pas à s’entendre. Le Mouvement réformateur (MR), formation libérale francophone, s’oppose fermement à toute augmentation de la fiscalité. Cette position se heurte aux revendications d’autres composantes de la majorité, notamment les centristes des Engagés, qui réclament une répartition plus équitable de la charge budgétaire et souhaitent que les catégories disposant des revenus les plus élevés contribuent davantage au redressement des comptes publics.
L’échec des discussions du 1er novembre a finalement poussé Bart De Wever à remettre sa démission au roi, le 2 novembre. Le Premier ministre, qui dirige depuis février 2025 une coalition composée de la N-VA, du MR, des Engagés, du CD&V et de Vooruit, avait ainsi reconnu l’incapacité de ses partenaires à dégager une position commune sur le budget. Devant la Chambre des représentants, jeudi, il n’avait d’ailleurs pas cherché à minimiser la portée de cet échec, qualifiant l’absence d’accord de « cuisant échec pour le gouvernement ».
Depuis plusieurs mois, les syndicats belges organisent des mobilisations contre les mesures de rigueur et les orientations économiques défendues par l’exécutif. Le 9 octobre, plusieurs dizaines de milliers de personnes avaient défilé pour dénoncer la politique d’austérité envisagée. La mobilisation avait été accompagnée de scènes de violences et de dégradations en marge du cortège. Les manifestants avaient notamment dénoncé l’aggravation des inégalités de richesse et réclamé une participation plus importante des hauts revenus à l’effort collectif.
Cette contestation constitue une difficulté supplémentaire pour Bart De Wever, dont le gouvernement doit concilier les exigences de redressement budgétaire avec une opposition sociale qui refuse que les économies reposent principalement sur les services publics et les catégories les plus modestes. Toute décision concernant les dépenses sociales, les prestations ou le financement de la santé risque ainsi de raviver les tensions avec les syndicats et une partie de l’opinion publique.
En attendant un compromis, le Premier ministre a également confirmé que la Belgique commencerait l’année 2027 avec un budget d’urgence fondé sur le mécanisme des « douzièmes provisoires ». Ce dispositif permet à l’État de continuer à financer ses dépenses sur la base du budget précédent, en attendant l’adoption d’un nouvel exercice budgétaire. Il évite une paralysie immédiate des finances publiques, mais traduit aussi l’incapacité de la coalition à définir à temps ses priorités et à fixer une trajectoire financière commune.
Le refus royal d’accepter la démission de Bart De Wever permet donc de gagner du temps, sans apporter de réponse aux contradictions qui traversent la majorité. Le chef du gouvernement est maintenu à son poste, mais il doit désormais convaincre des partenaires qui défendent des conceptions opposées de la politique fiscale et de la répartition des sacrifices. La prochaine échéance du 16 novembre sera déterminante pour mesurer la capacité de la coalition à sortir de cette impasse.
Au-delà de la bataille autour des 10 milliards d’euros, c’est la solidité même de l’accord gouvernemental conclu en février 2025 qui se trouve mise à l’épreuve. Entre impératifs financiers, refus des hausses d’impôts, contestation syndicale et inquiétudes sur les conséquences sociales de l’austérité, Bart De Wever se retrouve face à un exercice politique particulièrement délicat. Le sursis accordé par le roi ne constitue pas une sortie de crise, mais une nouvelle tentative d’éviter l’éclatement d’une majorité dont les divergences menacent désormais la capacité à gouverner.
