Yémen : Damas prépare l’envoi de 10 000 soldats pour épauler Riyad face aux Houthis
La Syrie s’apprêterait à renforcer considérablement son engagement militaire aux côtés de l’Arabie saoudite dans le conflit yéménite. Selon plusieurs responsables gouvernementaux et militaires yéménites cités samedi par l’AFP, Damas et Riyad auraient convenu du déploiement progressif de plusieurs milliers de soldats syriens afin de soutenir les forces gouvernementales yéménites face aux rebelles houthis, soutenus par l’Iran. Une première vague d’environ 3 000 militaires serait prévue, avant une montée en puissance pouvant atteindre 10 000 hommes. Des centaines de soldats syriens seraient déjà présents de part et d’autre de la frontière entre le Yémen et le territoire saoudien.
Cette perspective intervient dans un contexte de recrudescence des affrontements et d’intensification des attaques menées par les Houthis contre les intérêts saoudiens. Depuis octobre, les rebelles multiplient les opérations visant notamment les infrastructures pétrolières et les aéroports du royaume, poussant Riyad à rechercher des renforts militaires auprès de ses partenaires régionaux. Le déploiement annoncé constituerait une évolution importante du rapport de forces sur le terrain, puisqu’il marquerait le premier engagement étranger de cette ampleur sur le front yéménite depuis la reprise des hostilités en juillet dernier.
D’après une source proche du Conseil présidentiel yéménite, les deux pays auraient déjà arrêté le principe de cette coopération militaire. Un responsable du ministère yéménite de la Défense a également confirmé le chiffre de 3 000 soldats dans un premier temps, avec un objectif de 10 000 personnels à terme. Des équipes techniques des ministères syrien et saoudien de la Défense seraient actuellement réunies à Riyad afin de finaliser les modalités de cette opération.
Toutefois, ces informations sont contestées par Damas. Une source diplomatique syrienne, citée par l’agence officielle Sana, a démenti tout projet d’envoi de troupes en territoire yéménite, qualifiant ces informations de « totalement infondées ». Elle a néanmoins confirmé la signature d’un accord-cadre de coopération militaire avec l’Arabie saoudite, principalement axé sur la formation des forces armées et le renforcement de leurs capacités. Cette déclaration ne lève cependant pas les interrogations sur une éventuelle présence militaire syrienne en Arabie saoudite.
L’accord intervient trois jours après la visite du président syrien Ahmed al-Chareh à Riyad, où il a été reçu par le prince héritier Mohammed ben Salmane. Au-delà de ses dimensions militaires, ce rapprochement traduit la volonté des deux capitales de consolider leur coopération face à l’influence iranienne dans la région. Pour Damas, engagé dans la reconstruction d’un pays dévasté par plus d’une décennie de guerre, le soutien des monarchies du Golfe représente également un enjeu économique et diplomatique considérable.
L’éventuelle intervention syrienne soulève par ailleurs des questions sur les capacités et le profil des forces mobilisées. Depuis la chute de Bachar al-Assad à la fin de 2024, l’armée syrienne est en pleine recomposition. Elle reste constituée de formations armées hétérogènes, dont plusieurs groupes islamistes ayant acquis une expérience significative des combats. Certains de leurs combattants ont déjà participé à des conflits extérieurs, notamment en Libye et au Haut-Karabakh. Cette expérience pourrait constituer un atout pour une éventuelle opération au Yémen, où les Houthis disposent de capacités militaires éprouvées et d’une connaissance approfondie du terrain.
Le rapprochement entre Damas et Riyad s’inscrit enfin dans une dynamique régionale plus large. Face aux attaques des Houthis, l’Arabie saoudite cherche à élargir le cercle de ses soutiens militaires. L’Égypte s’est engagée à apporter une assistance défensive au royaume, tandis que la France a déployé des effectifs pour protéger le terminal pétrolier de Yanbu. Le Royaume-Uni a également annoncé l’envoi d’avions de combat destinés à contribuer à la protection du territoire saoudien.
