Centrafrique : Élection ou mascarade ? Touadéra réélu dans la confusion et la contestation
Faustin-Archange Touadéra a été proclamé vainqueur de l’élection présidentielle en Centrafrique avec 76,15 % des voix, selon les résultats provisoires annoncés par l’Autorité nationale des élections dans la nuit de lundi à mardi. Son principal rival, Anicet-Georges Dologuélé, n’a obtenu que 14,66 % des suffrages, tandis que Henri-Marie Dondra, arrivé troisième avec 3,19 %, a dénoncé une « incapacité » totale de l’agence électorale à organiser un scrutin crédible et a appelé à une « annulation pure et simple » des élections.
Le scrutin, qui s’est tenu le 28 décembre 2025, combinait les élections présidentielles, législatives, régionales et municipales. La participation a été annoncée à 52,43 %, mais elle reste contestée par l’opposition, qui accuse le pouvoir de manipulation et de coercition. Si l’Union africaine a décrit le processus comme « apaisé », l’opposition parle ouvertement de « mascarade » et dénonce une concentration du pouvoir entre les mains de Touadéra et de ses proches, mettant en cause la neutralité de l’Autorité nationale des élections et de la Cour constitutionnelle.
Cette réélection intervient après que Touadéra a fait adopter, en 2023, une nouvelle constitution qui a aboli les limites de mandats présidentiels, lui permettant de briguer un troisième mandat. Élu pour la première fois en 2016 puis réélu en 2020 lors d’un scrutin déjà contesté, le président centrafricain consolide ainsi un pouvoir qui, selon ses détracteurs, s’apparente à une dérive autoritaire, déguisée en légitimité électorale.
L’opposition n’a pas tardé à réagir. Dologuélé a revendiqué sa victoire dès vendredi et dénoncé des irrégularités majeures, qualifiant le scrutin de « frauduleux et manipulé ». Henri-Marie Dondra, de son côté, a dénoncé une « incapacité totale » de l’Autorité nationale des élections et a appelé à ce que les résultats soient annulés avant même leur proclamation officielle. Une partie de l’opposition avait également boycotté le vote, dénonçant à l’avance un processus biaisé et verrouillé par le pouvoir.
Pour les partisans de Touadéra, ce scrutin marque un « succès démocratique » et un signe de stabilité pour un pays souvent secoué par des violences et des crises politiques. Mais pour les observateurs critiques et les militants de l’opposition, cette réélection soulève de sérieuses questions sur la transparence, la liberté d’expression et l’équité des institutions centrafricaines.
Le porte-parole de la présidence a rejeté les accusations de fraude, qualifiant les déclarations de l’opposition de « fausses » et avertissant contre les risques de « troubles » dans le pays. Pourtant, dans un climat de défiance généralisée, la contestation pourrait s’amplifier, laissant planer un doute sérieux sur la légitimité réelle de ce troisième mandat.
En Centrafrique, où l’histoire récente a été marquée par les coups d’État, les conflits armés et les tensions ethniques, cette élection risque d’ouvrir un nouveau chapitre de division. Entre les annonces officielles et les dénonciations d’irrégularités, le pays apparaît une fois de plus partagé entre un pouvoir fort et contesté et une opposition qui refuse de céder face à ce qu’elle qualifie de « mascarade électorale ».
