Venezuela : Delcy Rodríguez réorganise la garde présidentielle et limoge le général Marcano

Venezuela : Delcy Rodríguez réorganise la garde présidentielle et limoge le général Marcano

Dans un climat politique et sécuritaire extrêmement tendu, Delcy Rodríguez, désormais présidente par intérim du Venezuela, a brutalement secoué l’appareil militaire de son pays en limogeant le général Javier Marcano Tábata, jusqu’alors responsable de la Garde d’honneur présidentielle chargée de la protection du chef de l’État. Cette décision intervient quelques jours seulement après l’offensive spectaculaire des forces armées américaines à Caracas, qui a conduit à la capture de Nicolás Maduro lors d’un raid qualifié de « défense contre le narcotrafic ».

Le général Javier Marcano Tábata, qui commandait la Garde d’honneur présidentielle et dirigeait également la Direction générale de contre-intelligence militaire (DGCIM), est directement pointé du doigt pour avoir failli à sa mission principale : assurer la protection du chef de l’État. L’échec spectaculaire de son unité à repousser l’assaut américain a été perçu comme une humiliation nationale par les loyalistes du régime chaviste.

Pour remplacer Marcano, Rodríguez a nommé le général Gustavo González López, une figure emblématique et controversée du chavisme. Ancien directeur du Service bolivarien de renseignement national (SEBIN), González López est associé à la prison d’El Helicoide, un centre de détention notorique où l’ONU a documenté des cas de torture, de détentions arbitraires et d’abus contre des opposants politiques, journalistes et défenseurs des droits humains.

Ce choix souligne une continuité dans l’appareil répressif du régime plutôt qu’une rupture. González López, déjà sanctionné par les États-Unis pour violations des droits humains, cumule désormais les fonctions de commandant de la Garde présidentielle et de directeur de la DGCIM. Delcy Rodríguez a salué sa « loyauté » et son « dévouement », affirmant que cette nomination vise à garantir la « paix et la sécurité nationale ».

Delcy Rodríguez, investie présidente par intérim par l’Assemblée nationale (dominée par les chavistes) et confirmée par le Tribunal suprême de justice, navigue entre défi et pragmatisme. Elle a dénoncé l’« enlèvement illégal » de Maduro tout en laissant la porte ouverte à un dialogue avec Washington, déclarant que le Venezuela n’accepterait pas de devenir une « colonie » mais était prêt à une « coopération respectueuse ».

Le pays observe sept jours de deuil national pour les victimes de l’opération américaine, tandis que des manifestations de soutien à Maduro se multiplient à Caracas. L’opposition, menée par des figures comme María Corina Machado (lauréate du Nobel de la paix 2025), célèbre la chute de Maduro mais reste marginalisée, le pouvoir restant aux mains des alliés du chavisme.

Cette réorganisation sécuritaire intervient alors que les pressions internationales s’intensifient : Trump a menacé Rodríguez d’un « prix élevé » si elle ne coopère pas sur des dossiers comme le pétrole et la lutte antidrogue, tandis que des pays latino-américains (Brésil, Mexique, Colombie) condamnent l’intervention américaine comme un « précédent dangereux ».

Le Venezuela entre ainsi dans une phase d’incertitude profonde, marquée par une fracture institutionnelle, des risques de nouvelles violences et des négociations souterraines avec les États-Unis pour définir l’avenir du pays riche en pétrole mais ravagé par des années de crise. La nomination de González López suggère que le régime intérimaire privilégie la consolidation du pouvoir interne sur une réforme profonde de ses pratiques sécuritaires.

Partager :

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *