Syrie : l’armée reprend Deir Hafer après le retrait kurde et la reconnaissance des droits kurdes
Samedi 17 janvier 2026, l’armée syrienne a annoncé avoir établi un contrôle militaire total sur Deir Hafer, ville stratégique située à une cinquantaine de kilomètres à l’est d’Alep, après le retrait des Forces démocratiques syriennes (FDS), à majorité kurde. Des correspondants sur place, dont ceux de l’AFP, ont constaté le déploiement massif de troupes gouvernementales dans la ville et sur les axes environnants, marquant une nouvelle avancée de Damas dans sa volonté de reconquérir les territoires à l’ouest de l’Euphrate.
Les tensions ont toutefois persisté : l’armée accuse les FDS d’avoir violé l’accord de retrait en attaquant une patrouille près de Maskana, tuant deux soldats. De leur côté, les forces kurdes dénoncent une entrée « prématurée » de l’armée dans Deir Hafer et Maskana, qualifiant la situation de « très dangereuse » et imputant les incidents aux violations gouvernementales. Ces échanges d’accusations interviennent malgré un retrait annoncé vendredi par le commandant des FDS, Mazloum Abdi, présenté comme un geste de bonne volonté pour relancer l’application d’un accord d’intégration signé en mars 2025.
Ce dénouement militaire s’inscrit dans le sillage d’un compromis politique majeur. Vendredi soir, le président syrien Ahmad Al-Charaa a signé un décret reconnaissant pour la première fois depuis l’indépendance de la Syrie en 1946 les droits nationaux des Kurdes. Le texte officialise la langue kurde comme langue nationale (aux côtés de l’arabe), déclare les Kurdes « une partie intégrante et essentielle » du pays, fait du Nowruz (Nouvel An kurde) un jour férié officiel et restaure la citoyenneté à ceux qui l’avaient perdue lors du recensement controversé de 1962. Ce geste, qualifié d’historique par Damas, intervient alors que le gouvernement, issu de la coalition islamiste qui a renversé Bachar Al-Assad en décembre 2024, cherche à stabiliser le pays et à étendre son autorité sur l’ensemble du territoire.
Les jours précédant la reprise de Deir Hafer ont été marqués par une évacuation massive de civils. Plus de 13 000 personnes (selon certaines estimations locales, bien que les autorités syriennes aient avancé le chiffre de plus de 4 000) ont fui la zone, craignant une escalade des combats. Hommes, femmes et enfants ont traversé en file indienne le petit pont endommagé du canal de Rasm Al-Harmal, aidés par des volontaires et la défense civile qui évacuait les personnes âgées sur des brancards. Certains ont dû emprunter des chemins secondaires pour contourner barrages et mines, selon des témoignages d’habitants comme Abou Khaled ou Abou Mohammad. Damas a ouvert un couloir humanitaire vers les zones sous contrôle gouvernemental, tandis que les FDS ont démenti utiliser les civils comme boucliers humains, contrairement aux accusations des autorités syriennes.
Sur le plan militaire, l’armée avait massé plus de 25 000 hommes le long de la ligne de front et lancé vendredi soir un bombardement d’artillerie contre des positions kurdes, décrit comme « de courte durée » par les premières informations. Cette opération fait suite aux combats de la semaine précédente à Alep, où les FDS ont été délogées de quartiers kurdes comme Cheikh Maqsoud et Achrafieh.
La reprise de Deir Hafer, située dans une région riche en ressources pétrolières et gazières, illustre la détermination du gouvernement à unifier le pays après des années de fragmentation. Négocié sous médiation américaine et de la coalition internationale, ce compromis entre Damas et les Kurdes pourrait ouvrir la voie à une stabilisation du nord de la Syrie – à condition que les deux parties respectent leurs engagements et évitent de nouvelles provocations.1
