Syrie : Évasion à la prison d’al-Chaddadi, accusations croisées entre Damas après l’accord de cessez-le-feu entre Damas et les FDS
Le 19 janvier 2026, un grave incident sécuritaire s’est produit à la prison d’al-Chaddadi, dans le sud de la province de Hassaka, au nord-est de la Syrie, où étaient détenus des suspects liés à l’organisation État islamique (Daech/ISIS). Cet événement intervient moins de 24 heures après la signature, le 18 janvier, d’un accord de cessez-le-feu et d’intégration entre le gouvernement syrien, dirigé par Ahmed al-Sharaa, et les Forces démocratiques syriennes (FDS), dominées par les combattants kurdes des YPG.
Selon un communiqué officiel du ministère de l’Intérieur syrien relayé par l’agence SANA, les FDS auraient délibérément libéré environ 120 membres de Daech détenus dans la prison. En réponse, l’armée syrienne est entrée dans la ville d’al-Chaddadi, imposant un couvre-feu total et lançant des opérations de ratissage dans la ville et ses environs. Ces opérations ont permis, selon un bilan provisoire au soir du 19 janvier, l’arrestation de 81 évadés, tandis que les recherches se poursuivent pour retrouver les autres. Le ministère de l’Intérieur a accusé les FDS d’avoir commis une « violation grave de la sécurité » et d’avoir utilisé les détenus comme « outil de chantage politique », affirmant que l’État syrien assumera désormais pleinement la garde des prisons de Daech conformément à l’accord de cessez-le-feu.
De leur côté, les FDS ont rejeté ces accusations. Par l’intermédiaire de leur porte-parole Farhad Shami et de leur centre média, elles ont affirmé que la prison avait été attaquée par des « groupes armés affiliés à Damas », provoquant la perte de contrôle et l’évasion des détenus. Selon leurs déclarations, les affrontements ont causé la mort de neuf combattants et fait vingt blessés, et Rudaw, média kurde, évoque un bilan bien plus élevé, avec près de 1 500 évadés, y compris des Syriens et des étrangers, bien que ces chiffres n’aient pas été confirmés de manière indépendante. Les FDS ont également dénoncé l’absence d’intervention de la coalition internationale menée par les États-Unis, malgré leurs appels répétés depuis une base proche.
Les médias internationaux, tels que Reuters, Al Jazeera, The Guardian et NBC, soulignent que l’origine exacte de l’évasion reste disputée : certains rapports évoquent une libération volontaire par les FDS pour freiner l’avancée de Damas et semer le chaos, tandis que d’autres évoquent un assaut externe mené par des forces pro-gouvernementales lors de la transition. À ce stade, aucune preuve visuelle ou indépendante ne permet de trancher définitivement, même si les FDS ont diffusé des vidéos montrant des hommes masqués ouvrant les portes de la prison.
Cet incident met en lumière les tensions immédiates dans la mise en œuvre de l’accord du 18 janvier, qui prévoyait le retrait progressif des FDS de zones comme Raqqa, Deir ez-Zor et Tabqa, l’intégration de leurs combattants dans les institutions syriennes, ainsi que le transfert des prisons et camps de Daech sous le contrôle central, avec une coordination internationale espérée.
Les États-Unis ont appelé à la retenue et mis en garde contre un risque de résurgence de Daech, tandis que la Turquie, qui qualifie les YPG de « terroristes », a salué l’accord comme une victoire contre le PKK. Au 20 janvier 2026, les opérations de ratissage se poursuivent à al-Chaddadi et dans les environs, et l’incident risque de compliquer davantage la stabilisation du nord-est syrien.
