L’Irak met l’Europe au pied du mur : « Reprenez et jugez vos djihadistes de Daech transférés de Syrie ! »

L’Irak met l’Europe au pied du mur : « Reprenez et jugez vos djihadistes de Daech transférés de Syrie ! »

Dans un contexte de recomposition rapide du paysage sécuritaire au nord-est de la Syrie, l’Irak adresse un ultimatum clair et pressant aux pays européens : reprenez vos ressortissants ayant rejoint les rangs de Daech (État islamique) et poursuivez-les en justice sur votre sol. Cette demande, formulée publiquement fin janvier 2026, intervient alors que les États-Unis orchestrent un transfert massif et inédit de détenus islamistes depuis les prisons kurdes vers des établissements irakiens.

Selon les autorités irakiennes et des sources sécuritaires concordantes, environ 150 détenus de haut rang ont déjà été transférés par le Commandement central américain (CENTCOM) depuis les installations contrôlées par les Forces démocratiques syriennes (FDS) . Parmi eux, 85 sont irakiens, tandis que les 65 autres sont de nationalités diverses : Européens, Soudanais, Somaliens, ressortissants du Caucase, Asiatiques et Arabes non irakiens. Bagdad insiste sur un point crucial : ces individus ne sont pas de simples combattants de base. « Tous sont des chefs du groupe Daech et certains des criminels les plus notoires », a déclaré un haut responsable de la sécurité irakienne. Ils auraient tous participé directement à des opérations terroristes sur le territoire irakien et sont actuellement détenus dans une prison sécurisée à Bagdad.

Ce mouvement de prisonniers s’inscrit dans un plan plus large : jusqu’à 7 000 militants pourraient être concernés à terme. Il répond à une réalité sur le terrain devenue intenable pour les FDS. Depuis la chute du califat territorial de Daech en 2019, les forces kurdes syriennes détenaient des milliers de combattants étrangers et leurs familles dans des camps surpeuplés (et des prisons précaires (notamment à Hasakah ou Raqqa). Mais l’avancée rapide de l’armée syrienne régulière, qui reprend progressivement le contrôle de vastes territoires dans le nord-est, fragilise ce système de détention. Les risques d’évasions massives, de reprises en main par des groupes affiliés à Daech ou de chaos sécuritaire ont poussé Washington à agir en urgence : transférer les détenus les plus dangereux vers l’Irak, pays voisin mieux équipé pour les garder sous haute surveillance.

C’est dans ce cadre que le Premier ministre irakien Mohammed Chia al-Soudani a eu, un entretien téléphonique direct avec le président français Emmanuel Macron. Au cours de cet échange, al- Soudani a été catégorique : les pays européens – France en tête – doivent assumer leurs responsabilités. « Reprenez vos nationaux et jugez-les chez vous », a-t-il martelé, soulignant que l’Irak ne saurait devenir indéfiniment la « prison à vie » des djihadistes étrangers. Cette position est soutenue par les États-Unis : le secrétaire d’État Marco Rubio a déclaré que Washington « accueille favorablement l’initiative irakienne » de détenir temporairement ces « terroristes non irakiens » en Irak, tout en appelant les pays d’origine à les rapatrier rapidement.

Pourtant, l’Europe traîne des pieds depuis des années sur ce dossier explosif. Beaucoup d’États (France, Allemagne, Belgique, Pays-Bas, Royaume-Uni…) ont longtemps refusé ou limité les rapatriements, invoquant des risques sécuritaires majeurs, des difficultés probatoires pour des procès équitables, et une opinion publique très hostile au retour de ces combattants. Certains ont opté pour des jugements par contumace, d’autres ont rapatrié uniquement des femmes et des enfants mineurs, laissant les hommes adultes dans les camps syriens. Aujourd’hui, avec la perte probable du contrôle kurde sur ces prisons, le statu quo n’est plus tenable.

Ce bras de fer diplomatique et sécuritaire illustre une fracture persistante : d’un côté, des pays européens qui craignent l’importation du terrorisme ; de l’autre, un Irak épuisé qui exige que chacun assume ses responsabilités historiques. À l’heure où Daech montre des signes de résurgence discrète dans les zones désertiques syro-irakiennes, la question n’est plus seulement judiciaire : elle est devenue existentielle pour la stabilité régionale.

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