Xi Jinping frappe au cœur de son cercle : pourquoi sacrifier son plus fidèle allié militaire ?

Xi Jinping frappe au cœur de son cercle : pourquoi sacrifier son plus fidèle allié militaire ?

Dans un geste aussi spectaculaire qu’inattendu, Xi Jinping vient d’écarter Zhang Youxia, son bras droit historique à la tête de l’Armée populaire de libération (APL). Le 24 janvier 2026, le ministère chinois de la Défense a annoncé l’ouverture d’une enquête contre ce général de 75 ans – vice-président de la Commission militaire centrale (CMC) et numéro deux de facto de l’armée – pour « graves violations de la discipline et de la loi », une formule rituelle qui masque souvent corruption, abus de pouvoir, voire trahison. Simultanément, le chef d’état-major Liu Zhenli a subi le même sort, réduisant la CMC, organe suprême de commandement militaire habituellement composé de sept membres, à seulement deux : Xi Jinping lui-même et Zhang Shengmin, fidèle exécuteur de la lutte anticorruption.

Zhang Youxia n’était pas un simple subordonné. « Prince rouge » comme Xi, fils de révolutionnaires ayant combattu côte à côte sous Mao et vétéran de la guerre sino-vietnamienne de 1979, il incarnait à la fois une expérience rare au combat et une loyauté forgée dans l’enfance. Maintenu au pouvoir bien au-delà de l’âge de la retraite, signe d’une confiance exceptionnelle, sa chute marque donc un tournant historique : selon de nombreux analystes, il s’agit de la purge militaire la plus importante depuis l’ère maoïste.

Les accusations portées contre lui oscillent entre corruption endémique et soupçons plus explosifs. Pékin reste sibyllin, mais des fuites relayées par le Wall Street Journal et d’autres médias occidentaux évoquent notamment des pots-de-vin massifs pour des promotions – notamment celle de l’ex-ministre de la Défense Li Shangfu, purgé en 2023-2024 –, la formation de « cliques » politiques pour cultiver une influence personnelle, et le plus grave : la transmission aux États-Unis de données sensibles sur le programme nucléaire chinois. Si cette dernière allégation reste non confirmée officiellement, elle circule dans des briefings internes et des médias comme le New York Times ou Reuters. Ces motifs s’inscrivent dans une vague plus large de purges : depuis 2023, des dizaines de hauts gradés ont été écartés, dont plusieurs vice-présidents de la CMC et deux ministres de la Défense successifs.

Pourquoi Xi Jinping élimine-t-il son plus proche allié ? Les explications sont multiples et se complètent. D’abord, il s’agit d’une concentration absolue du pouvoir : en neutralisant même ses confidents les plus intimes, Xi élimine tout risque de contre-pouvoir ou d’influence autonome. Personne – pas même un « prince rouge » ou un compagnon de route – n’est intouchable. Ensuite, la loyauté politique prime sur l’expérience militaire ou le réalisme stratégique : Zhang, avec son passé au front et sa possible franchise sur certains risques – notamment une opération à Taïwan – pouvait incarner une voix discordante. Par ailleurs, la purge s’inscrit dans la purification systématique de l’APL : la corruption reste endémique, entre ventes de grades et malversations dans les contrats d’armement, et Xi poursuit une « tolérance zéro » pour moderniser et discipliner l’armée. Enfin, cette démarche reflète une paranoïa stratégique : à l’approche du 21e Congrès du Parti et du centenaire de l’APL en 2027, Xi consolide son emprise totale, même au prix d’un commandement décapité et d’une opacité accrue.

Les conséquences sont lourdes : si Xi entend créer une armée loyale à son image, il risque en revanche de l’affaiblir. Fixant 2027 comme horizon pour que l’APL soit « prête » à une action militaire contre Taïwan, il voit son haut commandement ravagé par les purges, ce qui réduit la stabilité, l’expertise et la capacité d’évaluation réaliste des risques. Selon des analystes et ex-officiels américains, ainsi que des think tanks comme le RUSI, le danger réside dans le fait que Xi n’entend plus que des avis complaisants, minimisant les défis d’une invasion amphibie face à Taïwan et à ses alliés, notamment les États-Unis. Paradoxalement, cette vague pourrait retarder tout projet agressif à court terme : une APL plus docile, mais moins professionnelle et moins préparée opérationnellement.

En appliquant sa maxime selon laquelle « il faut retourner la lame contre soi-même » pour purger le Parti et l’armée, Xi Jinping pousse sa logique jusqu’au bout. Aujourd’hui, il dirige seul le pays, le Parti communiste et la plus grande armée du monde, envoyant un message clair : la loyauté absolue prime sur tout, y compris sur les liens personnels les plus anciens.

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