Iran en ébullition : l’explosion de Bandar Abbas aggrave les tensions internes et externes, symbole d’un régime sous pression maximale
Récemment,une série d’explosions – dont la plus médiatisée à Bandar Abbas – a secoué plusieurs villes iraniennes, plongeant une population déjà éprouvée dans une nouvelle vague de peur et d’incertitude, sur fond de tensions géopolitiques persistantes, de sanctions économiques écrasantes et de répression interne croissante. Survenues à la veille d’exercices navals iraniens dans le détroit d’Ormuz, depuis reportés, ces explosions ont immédiatement ravivé les craintes d’une escalade militaire avec les États-Unis sous l’administration Trump, tout en révélant, une fois de plus, la fragilité structurelle d’un pays placé sous pression permanente.
À Bandar Abbas, ville portuaire stratégique abritant le principal terminal à conteneurs du pays ainsi que plusieurs bases navales des Gardiens de la révolution (IRGC), une puissante déflagration a ravagé un immeuble résidentiel de huit à neuf étages situé dans le quartier de Boulvar Moallem, également connu sous le nom de Kianshahr. Selon les autorités locales et les médias d’État – IRNA, Fars, Tasnim et Mehr – l’explosion, survenue aux alentours de midi, aurait été provoquée par une accumulation de gaz due à une fuite domestique, entraînant l’effondrement partiel des étages inférieurs, la destruction de véhicules et de commerces, ainsi que la pulvérisation de vitres sur un large périmètre. Le chef des pompiers, Mohammad Amin Lyaghat, a confirmé cette cause préliminaire dès les premières heures, tandis que les équipes de secours, composées de pompiers, du Croissant-Rouge et des forces de sécurité, ont mené des opérations délicates durant plusieurs heures afin d’extraire les victimes piégées, dans un contexte de risque permanent d’effondrement total.
Le bilan officiel à Bandar Abbas fait état de la mort d’une fillette de quatre ans, seule victime confirmée, et de quatorze blessés souffrant de fractures, de brûlures et de traumatismes divers. Les images diffusées sur les réseaux sociaux montrent une façade éventrée, des débris jonchant la chaussée et une scène de chaos urbain digne d’une zone de guerre.
Presque simultanément, une explosion similaire a frappé la ville d’Ahvaz, dans la province du Khouzistan, près de la frontière irakienne, faisant selon les sources quatre à cinq morts, dont une famille entière, et plusieurs blessés, avec là encore la même explication officielle avancée : une fuite de gaz domestique. Dans d’autres régions, notamment à Parand, près de Téhéran, ainsi qu’à Karaj, des rumeurs d’incendies et de fumées suspectes ont circulé, alimentant la psychose collective, avant que les autorités locales, dont le gouverneur de Robat Karim, n’attribuent ces phénomènes à de simples incendies de champs de canne à sucre ou de roseaux le long de la rivière Shour, niant tout lien sécuritaire ou militaire.
Cependant, dès les premières minutes suivant l’explosion de Bandar Abbas, les réseaux sociaux, notamment Telegram et X, ont été inondés de spéculations et de théories complotistes, affirmant que la déflagration serait en réalité une tentative d’assassinat ciblé contre le contre-amiral Alireza Tangsiri, commandant des forces navales des Gardiens de la révolution, figure emblématique connue pour ses menaces répétées contre le trafic maritime occidental et son rôle central dans la sécurisation du détroit d’Ormuz. Plusieurs comptes pro-opposition ou liés à des intérêts étrangers ont relayé des allégations de frappe par drone ou missile, imputant l’attaque à Israël ou aux États-Unis, souvent en s’appuyant sur des sources douteuses comme le profil « Terror Alarm ».
Ces rumeurs ont toutefois été rapidement et fermement démenties, d’abord par l’IRGC lui-même, qui a dénoncé une « guerre psychologique » orchestrée par des forces sionistes et impérialistes, puis par les agences Tasnim et Fars, citant des sources sécuritaires affirmant que Tangsiri n’était ni présent sur les lieux, ni visé, et qu’il se portait parfaitement bien. Des responsables israéliens, cités par Reuters, ont également nié toute implication, tandis que les grands médias internationaux – Reuters, Al Jazeera, CNN, New York Times, France 24 – ont souligné l’absence totale d’éléments concrets étayant la thèse d’une attaque militaire : aucun résidu explosif de nature militaire, aucune revendication, aucune image crédible de frappe.
La thèse de l’accident domestique reste donc, à ce stade, la plus solide, d’autant que ce type d’incident est récurrent en Iran, en raison d’infrastructures vétustes, d’un entretien insuffisant des réseaux de gaz et d’une consommation accrue en période hivernale. Pourtant, le timing de ces explosions, survenant juste avant des exercices navals impliquant la Russie et la Chine – reportés à mi-février selon Al Mayadeen – ainsi que le contexte géopolitique extrêmement tendu, ont suffi à nourrir les soupçons et à transformer un fait divers en événement politique majeur.
Ces explosions, même accidentelles, s’inscrivent en réalité dans un climat général hautement inflammable. D’un côté, la pression américaine s’est intensifiée : Donald Trump multiplie les menaces de frappes contre le programme nucléaire iranien et contre les forces alliées de Téhéran, notamment les Houthis et le Hezbollah, tandis que la présence renforcée de la marine américaine dans le Golfe, avec le déploiement du porte-avions USS Abraham Lincoln, et les avertissements répétés du CENTCOM contre tout « comportement provocateur », renforcent un sentiment d’encerclement permanent. De l’autre, la crise interne ne cesse de s’aggraver, entre inflation galopante, pénuries, effondrement du pouvoir d’achat et répression brutale des protestations, au point que, comme l’écrivait récemment le New York Times, « la société iranienne attend la guerre », transformant chaque explosion, chaque incendie, en signal potentiel d’un conflit imminent.
À cela s’ajoute une véritable guerre informationnelle, où les rumeurs servent à la fois les opposants internes, désireux de discréditer un régime jugé incapable de protéger sa population, et les adversaires externes, qui testent les réactions de l’opinion et des autorités. Le pouvoir, lui, répond par des démentis rapides et catégoriques, mais cette communication défensive permanente renforce paradoxalement le sentiment d’opacité et de mensonge d’État. Enfin, le facteur stratégique demeure central : le détroit d’Ormuz, par lequel transite une part cruciale du pétrole mondial, reste le nerf vital de la confrontation, et le report d’exercices navals combiné à ces « accidents » successifs peut être interprété, selon les acteurs, soit comme un signe de faiblesse, soit comme une préparation silencieuse à une riposte.
À ce jour, début février 2026, aucune preuve tangible n’est venue contredire la version officie
