De Boualem Sansal à Djelloul Salama, les généraux poursuivent leurs violations des droits humains
Malgré le peu de temps écoulé depuis la clôture de l’affaire Boualem Sansal, l’écrivain et romancier, la disparition mystérieuse de l’économiste Djelloul Salama fin janvier 2026 a provoqué une onde de choc dans les cercles médiatiques et politiques algériens. Les accusations fusent contre les services de sécurité militaire, soupçonnés d’avoir procédé à une arrestation arbitraire après que l’expert eut publiquement démoli la rentabilité du mégaprojet de la mine de fer de Gara Djebilet.
Selon plusieurs sources médiatiques et des vidéos largement partagées, Djelloul Salama a été coupé du monde extérieur dans les heures qui ont suivi un entretien fracassant où il avait qualifié le projet de Gara Djebilet d’« aberration économique ». Sa famille affirme n’avoir plus aucun contact avec lui, ni par téléphone ni par aucun autre canal, renforçant les soupçons d’un enlèvement ou d’une détention extrajudiciaire orchestrée par les appareils répressifs.
Dans cet entretien, Djelloul Salama avait concentré ses critiques sur plusieurs points accablants : un coût pharaonique pour un retour sur investissement quasi nul à court et moyen terme ; un gaspillage massif de deniers publics qui ne profitera – au mieux – qu’aux générations de 2070 ; des défis logistiques insurmontables avec un transport du minerai sur plus de 2 000 km, rendant l’importation depuis le Brésil ou l’Australie objectivement plus économique ; et surtout, le risque géopolitique majeur lié à l’accord frontalier de 1972 toujours en vigueur sur le plan juridique, dont l’exploitation unilatérale du gisement pourrait raviver des tensions explosives avec le voisin de l’Ouest, jusqu’à menacer la stabilité régionale.
Pour nombre d’observateurs et de médias indépendants, Gara Djebilet n’est plus un projet minier : c’est devenu l’emblème propagandiste du régime Tebboune, un totem politique intouchable. Toute analyse sérieuse qui en conteste la viabilité technique ou économique est immédiatement taxée de trahison ou de franchissement des « lignes rouges ».
Aucune communication officielle n’a été faite sur le sort de Djelloul Salama, ni sur son lieu de détention, ni sur d’éventuelles charges. Ce silence assourdissant, conjugué à l’absence totale de procédure judiciaire visible, illustre une fois de plus le climat de terreur arbitraire et d’impunité dans lequel vit le citoyen ordinaire sous ce pouvoir.
