Comment le réseau Epstein a pu s’infiltrer au cœur de l’État algérien

Comment le réseau Epstein a pu s’infiltrer au cœur de l’État algérien

Les révélations explosives des archives Epstein, déclassifiées le 30 janvier 2026 par le département américain de la Justice (DOJ) en application de l’Epstein Files Transparency Act, mettent en lumière une opération d’influence sophistiquée visant l’État algérien en 2016. Loin d’être un simple scandale sexuel, le réseau du financier déchu Jeffrey Epstein semble avoir déployé des moyens d’espionnage stratégique et d’infiltration discrète au cœur des élites algériennes, particulièrement lors d’événements diplomatiques russo-algériens.

Au centre de ce volet algérien figure le Forum économique algéro-russe tenu à Moscou en avril 2016. Tandis que la délégation officielle algérienne, dirigée par le Premier ministre de l’époque Abdelmalek Sellal, discutait d’accords de coopération énergétique et militaire avec la Russie, des éléments liés au réseau Epstein opéraient en marge des négociations officielles.

Selon les documents du FBI désormais publics, l’objectif n’était pas principalement financier, mais bien stratégique : cartographier les réseaux de pouvoir en Algérie, identifier les futurs décideurs au sein de l’appareil d’État et des services de sécurité, et collecter des informations sensibles sur les contrats pétroliers de Sonatrach ou les livraisons d’armes russes.

Une figure clé émerge des dossiers : une intermédiaire opérant sous le pseudonyme russe « Smeshlivaya » (littéralement « la rieuse »). D’après les analyses publiées, cette opératrice avait pour mission de surveiller (« monitorer ») les membres de la délégation algérienne. Elle exploitait la porosité entre cercles privés et diplomatie officielle pour recueillir des renseignements sur la vie personnelle et professionnelle des hauts responsables présents.

Les archives suggèrent également la possible mise en place de « honeytraps » — ces dispositifs de compromission par le biais de relations intimes ou de chantage sexuel —, une pratique récurrente dans les opérations associées à Epstein. Si aucune preuve directe de relations sexuelles impliquant Abdelmalek Sellal n’est établie dans les documents déclassifiés, ils attestent d’une collecte systématique d’informations intimes sur plusieurs fonctionnaires algériens de haut rang présents à Moscou.

Cette affaire s’inscrit dans un contexte plus large de vulnérabilité des délégations officielles algériennes de l’ère Bouteflika face à des réseaux internationaux prédateurs. L’Algérie, acteur géostratégique majeur en matière d’énergie et de sécurité régionale, apparaissait comme une cible prioritaire pour des opérations d’influence périphérique, souvent menées via des hubs comme Moscou ou Paris.

La déclassification massive — plus de 3 millions de pages, 2 000 vidéos et 180 000 images — intervient alors que d’autres personnalités internationales, dont l’ancien ministre français Jack Lang, sont à nouveau éclaboussées par leurs liens avec Epstein. Pour Alger, ces révélations soulignent les risques d’infiltration auxquels étaient exposées ses élites dans un échiquier géopolitique où l’influence se joue autant dans les salons feutrés que dans les forums officiels. Elles interrogent aujourd’hui la robustesse des protocoles de sécurité et de vigilance diplomatique face à ce type de menaces hybrides.

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