France : 24 familles assignent l’État et des industriels en justice après des intoxications présumées liées à des laits infantiles
Mardi 10 février 2026, vingt-quatre familles ont saisi le tribunal judiciaire de Paris pour assigner conjointement l’État français et plusieurs industriels du secteur des laits infantiles. Elles leur reprochent une gestion défaillante de la crise sanitaire déclenchée fin 2025 par la découverte de la toxine céréulide dans certains produits pour bébés.
Cette affaire, révélée en détail par la cellule investigation de Radio France, trouve son origine dans les rappels massifs de lots contaminés, débutés en décembre 2025. La marque Guigoz (groupe Nestlé) a été la première touchée, rapidement suivie par Gallia, Nidal, Picot, Babybio et d’autres. La toxine en cause, produite par la bactérie Bacillus cereus et extrêmement résistante à la chaleur, a été détectée dans un ingrédient commun (souvent une huile riche en ARA fournie par un sous-traitant).
Face à cette crise qui s’est étendue à plus de 60 pays, les familles regroupées au sein du collectif Intox’Alim expriment aujourd’hui leur profonde colère. Elles dénoncent notamment le fait que seules deux poudres font actuellement l’objet d’analyses officielles dans le cadre des enquêtes pénales ouvertes à Angers et Bordeaux, enquêtes déclenchées après le décès tragique de deux nourrissons ayant consommé ces produits.
Pour les autres familles, la situation est encore plus frustrante : nombre d’entre elles ont signalé des hospitalisations prolongées ou des épisodes graves de vomissements et diarrhées chez leurs bébés après ingestion des laits concernés, mais elles se heurtent à un mur. Au lieu de bénéficier d’expertises indépendantes, elles sont systématiquement orientées vers les industriels eux-mêmes (notamment Nestlé) pour faire analyser les boîtes restantes, ce qu’elles jugent inacceptable.
C’est pourquoi elles ont décidé d’agir en justice en visant plusieurs infractions pénales lourdes : mise en danger délibérée de la vie d’autrui, maintien sur le marché de denrées dangereuses, blessures involontaires et entrave à la manifestation de la vérité. Leur principale exigence est claire : que les poudres de lait consommées par leurs enfants soient enfin analysées par un laboratoire totalement indépendant.
Cette procédure s’inscrit dans un contexte plus large. Fin janvier 2026, la France a abaissé son seuil de tolérance pour la toxine céréulide, ce qui a entraîné une nouvelle vague de rappels préventifs. Alors que les enquêtes se poursuivent et que l’émotion reste vive autour de la santé des tout-petits, ces 24 familles espèrent que leur action en justice obligera enfin les autorités et les industriels à faire toute la lumière sur cette affaire et à en tirer les conséquences nécessaires.
