Venezuela : l’opposition dénonce l’enlèvement de Juan Pablo Guanipa, quelques heures seulement après sa libération
La scène politique vénézuélienne a connu un nouveau coup de théâtre dramatique dans la nuit du 8 au 9 février 2026, lorsque Juan Pablo Guanipa, figure emblématique de l’opposition, a été enlevé à Caracas par des hommes armés peu après sa libération de prison. L’incident, qualifié d’« enlèvement » par les responsables de l’opposition, jette une ombre inquiétante sur les récents engagements du gouvernement en matière de libération de prisonniers politiques.
Selon María Corina Machado, cheffe de l’opposition et lauréate du prix Nobel de la paix, Guanipa a été emmené de force par un groupe d’hommes lourdement armés en civil, arrivés dans plusieurs véhicules, dans le quartier résidentiel de Los Chorros à Caracas. Le fils de l’opposant a corroboré l’information en évoquant une action menée par une dizaine d’individus non identifiés, sans qu’une explication officielle ne soit pour l’heure apportée.
Cette affaire survient quelques heures seulement après la remise en liberté de Guanipa, détenu pendant plus de huit mois dans la célèbre prison de l’Helicoide, lieu emblématique de la répression politique au Venezuela. Son arrestation en mai 2025 avait été justifiée par des accusations de complot électoral, de terrorisme et d’incitation à la violence — des charges vivement rejetées par son entourage et les organisations de défense des droits humains, qui y voient une manœuvre politique pour étouffer toute opposition.
La libération de Guanipa s’inscrivait dans une série de mesures annoncées début janvier par le gouvernement dirigé par Delcy Rodríguez, qui a succédé à Nicolás Maduro après la capture de ce dernier lors d’une opération militaire américaine en janvier. Dans ce contexte, Caracas avait promis la libération d’un « nombre significatif » de prisonniers politiques, sous pression notamment des États-Unis et d’organisations internationales. Depuis, plusieurs dizaines de détenus politiques ont été libérés, et une loi d’amnistie est en débat au Parlement dans l’espoir de libérer des centaines d’autres.
Pour l’opposition et les ONG de défense des droits humains, le kidnapping de Guanipa remet en question la sincérité de l’engagement gouvernemental ». María Corina Machado a demandé sa libération immédiate, dénonçant une pratique qui rappelle, selon elle, les méthodes de répression du passé et soulignant la fragilité des avancées promises.
Plus largement, cette affaire illustre la tension extrême qui persiste au Venezuela, où les promesses de réformes et de transition politique se heurtent à une réalité marquée par les suspicions, les abus et un climat de méfiance généralisée. L’enlèvement de Guanipa, s’il n’est pas rapidement élucidé, risque de raviver les critiques internes et internationales dirigées contre le gouvernement intérimaire, tout en accentuant les inquiétudes quant à l’avenir de la démocratie dans le pays.
