Bled El Hadba : l’Algérie se prépare à quadrupler sa production de phosphate face aux retards persistants

Bled El Hadba : l’Algérie se prépare à quadrupler sa production de phosphate face aux retards persistants

L’Algérie s’apprête à transformer radicalement sa filière phosphate avec le projet intégré de Bled El Hadba, situé dans la wilaya de Tébessa. Une fois pleinement opérationnel, ce mégaprojet permettra de porter la production nationale annuelle de phosphate brut de 2,5 millions de tonnes à 10,5 millions de tonnes, soit un quadruplement stratégique qui pourrait positionner le pays parmi les leaders mondiaux des engrais phosphatés.

Le projet, structuré autour de trois wilayas principales — Tébessa pour l’extraction, Souk Ahras pour la transformation chimique à Oued Keberit, et Annaba pour l’export via un port modernisé — repose sur des réserves estimées à 840 millions de tonnes, certaines sources évoquant jusqu’à 1,2 milliard de tonnes pour le gisement principal. À ce rythme, ces réserves assureraient une exploitation durable sur environ 80 ans.

Une part significative de la production, jusqu’à 6 millions de tonnes par an, sera transformée localement en engrais phosphatés et azotés, générant des revenus substantiels et renforçant la sécurité alimentaire mondiale grâce à des exportations vers l’Asie et d’autres marchés stratégiques.

Le projet intègre des infrastructures majeures, dont une ligne ferroviaire minière de 450 km reliant Bled El Hadba au port d’Annaba, avec 10 tunnels, 42 ponts et des contournements complexes pour éviter les zones urbaines. Un terminal minéralier ultramoderne à Annaba, financé à hauteur de 620 millions de dollars, est conçu pour accueillir des navires de grande capacité et traiter les flux massifs de minerai.

Le président Abdelmadjid Tebboune suit personnellement le projet, recevant des rapports mensuels et donnant des directives strictes pour une livraison fin 2026, avec une mise en exploitation complète prévue au premier semestre 2027.

Malgré des progrès notables — ouverture progressive de la mine dès 2024-2025, tronçons ferroviaires partiellement achevés et partenariats internationaux renforcés — plusieurs obstacles restent à franchir. Après des années de reports et l’abandon initial de partenaires étrangers pour raisons financières et techniques, le projet repose désormais sur un pilotage national via Sonatrach, Sonarem et Somiphos, avec pour objectif de rattraper le temps perdu.

Les défis techniques et logistiques sont considérables : le terrain accidenté complique la construction des tunnels et ponts, tandis que la synchronisation entre extraction, transformation chimique et exportation reste un enjeu critique. À cela s’ajoute la pression temporelle : respecter l’échéance présidentielle de fin 2026 exige un engagement exceptionnel des moyens humains, financiers et technologiques, ainsi qu’un renforcement des compétences locales.
L’exploitation à ciel ouvert entraîne des émissions de particules et polluants atmosphériques, ainsi que des impacts potentiels sur les nappes phréatiques et la biodiversité locale. Des études d’impact rigoureuses et des mesures d’atténuation précises sont mises en place pour garantir la conformité et prévenir toute contestation. Parallèlement, le projet promet la création de jusqu’à 12 000 emplois dans l’Est, consolidant son acceptabilité sociale et son impact positif sur le développement régional.

Ce mégaprojet représente un pivot stratégique de la diversification économique algérienne, au-delà des hydrocarbures, et sa réussite dépendra de la capacité des autorités à transformer ces défis en victoires concrètes dans les mois décisifs à venir.

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