Denis Sassou Nguesso : vers un prolongement historique du pouvoir au Congo-Brazzaville
À 82 ans, Denis Sassou Nguesso, président sortant de la République du Congo et candidat du Parti travailliste congolais (PCT), s’apprête à prolonger son règne de plusieurs décennies. Officier de carrière militaire, Sassou Nguesso a dirigé le pays sous un système de parti unique de 1979 à 1992, avant de perdre les premières élections multipartites face à Pascal Lissouba, pour revenir au pouvoir à l’issue de la guerre civile de 1997. Depuis, il exerce un contrôle quasi total sur le pays.
Dans un contexte de forte division de l’opposition et d’absence de figures capables de rivaliser avec le PCT, l’élection présidentielle de dimanche s’annonce largement en faveur du président sortant. Les observateurs anticipent une participation historiquement basse, dans un pays riche en pétrole mais marqué par la pauvreté et le chômage chronique. « Franchement, je ne vois pas l’intérêt de voter. Que je vote ou non, le résultat sera le même », confie Cyril Massamba, un habitant de Brazzaville.
Six candidats briguent officiellement la présidence, mais peu disposent des ressources pour affronter le PCT. Les principaux partis d’opposition ont choisi de ne pas présenter de candidats, dénonçant des conditions électorales inéquitables et appelant leurs électeurs à voter « selon leur conscience ». Clément Mierassa, figure de l’opposition, affirme que tous les concurrents ne sont que des « figurants ». Deux candidats majeurs de l’élection de 2016 sont toujours incarcérés, condamnés à 20 ans de prison pour « atteinte à la sûreté de l’État ».
Malgré les exhortations de Sassou Nguesso à participer aux urnes – « Pas d’abstention ! » – de nombreux jeunes, confrontés à un chômage persistant et au manque de perspectives économiques, expriment leur frustration. Le Congo-Brazzaville, dont la croissance du PIB a été de 2,9 % en 2025, compte près de la moitié de ses six millions d’habitants sous le seuil de pauvreté. Fortement dépendant des hydrocarbures, qui représentent plus de trois quarts de ses recettes d’exportation, le pays ambitionne d’atteindre 500 000 barils de pétrole par jour d’ici 2030 et de développer sa production de gaz, déjà à trois millions de tonnes de GNL l’an dernier.
Sur le plan agricole, malgré 10 millions d’hectares de terres arables, seulement 4 % sont exploités, principalement pour des cultures vivrières à faible rendement, laissant le pays dépendant des importations alimentaires et exposé aux fluctuations des prix mondiaux. La géographie du pays, entre le bassin du Congo et l’océan Atlantique, constitue cependant un atout potentiel pour en faire une plaque tournante du commerce régional.
La campagne de Sassou Nguesso est marquée par un affichage massif du PCT, avec des drapeaux rouges de style soviétique et des portraits géants du président dans les rues. La sécurité de ses meetings a été renforcée par la présence de militaires russes, alimentant les spéculations sur l’implication de mercenaires étrangers. Ce renforcement souligne la vigilance du président dans un contexte régional instable, où le Congo-Brazzaville demeure un îlot de stabilité et entretient des liens étroits avec Paris et Moscou.
Alors que le pays s’apprête à voter, Denis Sassou Nguesso apparaît comme le grand favori pour étendre encore son pouvoir, incarnant une longévité politique exceptionnelle sur le continent africain, aux côtés de figures telles que Teodoro Obiang Nguema en Guinée équatoriale et Paul Biya au Cameroun. L’enjeu, pour le Congo, reste cependant de concilier cette continuité politique avec les aspirations économiques et sociales de sa population.
