Ramadan en Algérie : les orphelins de l’État jetés aux loups dès 18 ans
En Algérie, au cœur du mois de ramadan, les adolescents issus des centres d’accueil pour enfants abandonnés, de filiation inconnue ou victimes d’abandon pur et simple sont impitoyablement expulsés dans la rue dès qu’ils atteignent leurs dix-huit ans. La loi les abandonne sans vergogne : fin de l’hébergement obligatoire, aucune prolongation possible, aucune transition prévue. Résultat : ces jeunes, garçons comme filles, deviennent des proies faciles pour les réseaux de prostitution – sans distinction de genre –, pour les trafiquants d’êtres humains, les rabatteurs de drogue et les prédateurs de tous poils qui infestent les artères sordides des grandes villes.
Ce scandale se déroule dans un pays où la misère s’aggrave à vue d’œil, où le chômage dévore des générations entières, où les maladies vénériennes se propagent sans frein et où plane désormais, de plus en plus nettement, le spectre d’une famine de masse susceptible de faire vaciller jusqu’aux fondations du régime militaro-clanique qui s’accroche au pouvoir.
L’avocate Fatiha Rouibi, connue pour son franc-parler et son engagement sans concession dans les dossiers de droits humains les plus sensibles, a dénoncé sans ambages cette infamie légale. La loi n° 15-12 du 15 juillet 2015 (correspondant au 28 ramadhan 1436) relative à la protection de l’enfant, vantée jadis comme un progrès majeur avec le soutien de l’UNICEF, s’arrête net à la majorité : passé dix-huit ans, l’État se lave les mains. Plus de protection, plus de responsabilité publique. Les jeunes sont jetés en pâture aux « loups humains » qui rodent dans les ruelles crasseuses – proxénètes indifférents au sexe des victimes, réseaux de trafic d’organes prêts à sacrifier des vies pour quelques billets sur le marché noir international.
Le vide juridique est abyssal : aucune obligation pour l’État de financer des programmes de transition – logement d’urgence, formation professionnelle sérieuse, suivi psychosocial durable. Et pourtant, Alger a signé et ratifié la Convention internationale des droits de l’enfant ainsi que le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels, qui imposent formellement la garantie du logement, de l’éducation et d’un travail décent pour les plus vulnérables. Des engagements internationaux que le pouvoir piétine allègrement.
À Me Fatiha Rouibi, on pourrait répondre avec une lucidité cinglante : un État qui se gave de rentes pétrolières, qui pille les richesses nationales au profit d’une caste militaro-oligarchique et qui muselle toute voix discordante ne peut rien offrir à personne – encore moins à des orphelins sans défense. Pendant le ramadan, les priorités du palais ne sont ni les indigents, ni les abandonnés, ni les exclus du système : elles se résument à l’enrichissement obscène des puissants et au maintien d’une poigne de fer sur un pays qu’ils considèrent comme leur proie exclusive.
Ce n’est pas une défaillance administrative. C’est une politique délibérée d’abandon et de prédation.
