Les tables du Ramadan en Algérie entre viande de chiens, d’ânes, vin et porc
Dans les dix derniers jours du mois sacré de Ramadan, les débats sur la sécurité alimentaire refont surface en Algérie. Mais cette fois, la polémique dépasse largement la simple flambée des prix. Elle touche désormais à ce que beaucoup considèrent comme le cœur même de l’identité religieuse et morale de la société. Entre sarcasmes, accusations et indignation, certains évoquent même un certain « cheikh Nano », tandis que circulent sur les réseaux sociaux des affirmations choquantes : sur certaines tables d’iftar, la viande de chiens et de porc aurait trouvé sa place — à supposer encore qu’il reste réellement des jeûneurs du Ramadan dans le pays.
La controverse a explosé après les révélations sur l’importation de viande de porc par le pouvoir du président Abdelmadjid Tebboune. Selon ces critiques, la réglementation commerciale et douanière algérienne classe les « viandes rouges non halal » parmi les produits autorisés à la consommation. En clair : pour les autorités, seule compte la conformité sanitaire — certificats, contrôles vétérinaires, dates de péremption — tandis que la question du halal ou du haram passerait au second plan. Une politique validée, selon ces accusations, par les cercles de pouvoir les plus influents du pays.
Le résultat, disent certains observateurs, est une scène devenue presque banale : de la viande de porc, « halouf », vendue ouvertement sous son nom dans les étals, avec parfois des files d’attente pour en obtenir un morceau. Des files qui rappellent celles déjà observées pour la viande d’âne ou de mulet. Pour les détracteurs du régime, cela illustre une réalité brutale est que le pouvoir des généraux dictateurs va finir par contrôler même l’assiette des citoyens.
Et ce tableau ne s’arrête pas là. Dans certaines régions, dénoncent ces voix critiques, l’eau potable se retrouve mêlée aux eaux usées, servant à irriguer fruits et légumes avant d’atterrir sur les tables familiales. Quant aux scandales liés à la viande d’ânes ou de chiens, ils ne relèvent plus de la rumeur : plusieurs affaires judiciaires ont déjà conduit leurs auteurs derrière les barreaux. Régulièrement, les services de sécurité et la gendarmerie annoncent le démantèlement d’ateliers clandestins manipulant des carcasses douteuses et des animaux impropres à la consommation.
Dans ce contexte de crise économique, le « zouali » — le citoyen modeste — se retrouve acculé. Face au froid et à la vie chère, certains finissent par se tourner vers ce qu’ils peuvent se permettre : viande bon marché, porc ou même vin pour se réchauffer. Une ironie tragique circule d’ailleurs dans le pays : en Algérie, une bouteille de vin serait parfois moins chère qu’une bouteille d’eau minérale.
La conclusion est aussi brutale que le constat : lorsqu’un peuple est réduit à survivre avec des carcasses douteuses et des produits interdits par sa propre culture, comment s’étonner qu’il perde jusqu’à la force de se révolter contre ceux qui l’ont conduit à cette situation ?
