L’Algérie parviendra-t-elle enfin à transformer ses usines fantômes en moteurs d’une véritable industrie automobile ?
Mars 2026 – L’année 2026 pourrait marquer un tournant historique pour l’industrie automobile en Algérie. Après des décennies de stagnation, d’assemblages limités à des kits importés (CKD – Completely Knocked Down) et de scandales liés à la corruption, le gouvernement semble vouloir imposer une rupture nette : fini les projets d’assemblage purement symboliques ou les usines laissées à l’abandon, l’objectif affiché est désormais de bâtir une industrie nationale compétitive, capable de générer emplois, valeur ajoutée et technologies, tout en jouant un rôle stratégique dans l’économie du pays.
Le ministre de l’Industrie, Yahia Bachir, l’a rappelé avec force lors d’une réponse à une question écrite du député Taher Ben Ali : de nombreuses unités automobiles confisquées dans le cadre de la lutte contre la corruption – anciennement dédiées à des marques telles que Kia, Hyundai, Volkswagen ou Suzuki – n’étaient souvent que des coques d’usines, avec des équipements mais sans réelle maîtrise des marques ni transfert technologique. Cette époque d’assemblage simple, avec une faible intégration locale et des emplois indirects limités, semble désormais révolue, ouvrant la voie à un modèle plus ambitieux et structuré.
Pour y parvenir, le gouvernement s’appuie sur le décret exécutif n° 22-384 du 17 novembre 2022, enrichi par ses modifications ultérieures, qui définit une stratégie industrielle claire reposant sur trois axes majeurs. D’abord, la création d’emplois durables : chaque projet industriel doit générer des postes significatifs, tant dans la production que dans la sous-traitance et les services annexes, renforçant ainsi le tissu humain des régions concernées. Ensuite, l’implication obligatoire des micro-entreprises et PME locales, puisque les investisseurs étrangers sont désormais tenus de collaborer dès le lancement avec des sous-traitants algériens – une condition que le ministre Yahia Bachir résume ainsi : « Celui qui veut construire des voitures en Algérie doit ramener ses sous-traitants ». Enfin, l’augmentation progressive et mesurable du taux d’intégration locale, avec un calendrier précis d’utilisation de composants produits en Algérie, afin d’accroître la valeur ajoutée nationale, réduire la facture d’importation et rendre l’industrie plus autonome et compétitive.
Avant toute décision finale, des audits techniques approfondis sont réalisés par les constructeurs eux-mêmes. Ces évaluations ont révélé que plusieurs unités nécessitent des travaux de réhabilitation, une modernisation des équipements et une adaptation aux normes internationales de qualité, de sécurité et d’environnement, ce qui explique l’implication active du ministère pour intégrer rapidement ces sites dans des projets viables et durables.
Le président Abdelmadjid Tebboune a clairement posé le cadre de cette transformation : l’industrie automobile ne doit plus se limiter à un simple assemblage, mais devenir un moteur de développement conciliant souveraineté économique, intérêts citoyens et ouverture contrôlée aux partenariats internationaux. Concrètement, le ministère de l’Industrie poursuit ses réformes, avance dans les procédures de réhabilitation, négocie sur des bases solides avec les partenaires étrangers et assure un suivi rigoureux du taux d’intégration locale. L’objectif est clair : plus d’usines fantômes, mais des unités vivantes, modernes et intégrées dans le tissu économique local, capables de créer une richesse durable.
Cette nouvelle page de l’industrie nationale repose donc sur trois piliers indissociables : la création d’emplois durables, l’implication réelle des micro-entreprises et PME locales, et l’accroissement progressif du taux d’intégration. À ce prix seulement, l’Algérie pourra transformer son industrie automobile en un véritable atout stratégique pour son développement économique et social. L’avenir du secteur ne se jouera plus sur des promesses éphémères, mais sur des engagements concrets, mesurables et orientés vers l’intérêt national. Le cap est désormais fixé, et la question reste de savoir si la détermination affichée par les autorités pourra se traduire en résultats tangibles.
